La corruption: bien plus qu’un crime financier

paru dans la Règle du Jeu http://laregledujeu.org/2011/03/17/5157/la-corruption-bien-plus-qu’un-crime-financier/

par Simone Rodan-Benzaquen, représentante d’AJC en France et ancienne Secrétaire Générale de MedBridge Strategy Center

De tous les problèmes qui affectent leurs sociétés, la corruption a probablement été celui dont la population des pays arabes s’est plaint depuis le plus longtemps. Le ressentiment causé par la corruption est devenu un des facteurs de déclenchement des mouvements d’opposition,  mais qui pourrait laisser la place aux islamistes, qui invoquent les valeurs morales.

En 2002, nous étions peu nombreux en Europe à demander une enquête sur l’utilisation des fonds Européens alloués à l’Autorité palestinienne.

Une corruption généralisée régnait alors au sein des institutions palestiniennes en général et au profit de son chef historique, Yasser Arafat, en particulier. Ceux qui s’étaient risqués à évoquer cette évidence étaient immédiatement suspectés de collusion avec les « sionistes » et de mépriser les palestiniens.

En réalité notre objectif était tout autre: faire en sorte que le PEUPLE palestinien puisse réellement bénéficier d’une aide financière de l’Occident.

On sait aujourd’hui que l’aide financière massive, noblement destinée à l’amélioration de vie de chaque palestinien a été soumise aux caprices onéreux de leurs dirigeants. Quelques articles de presse ont pu faire état des fortunes considérables détournées par le leader alors incontesté du Fatah, et de ses proches.

Ont suivi les élections législatives palestiniennes de 2006 qui ont vu la victoire du Hamas. (J’ai à ce sujet évoqué dans un précédent article paru dans La Règle du Jeu le fait que des élections qui ne s’appuyaient pas sur des bases constitutionnelles solides étaient vouées au mieux à l’échec, au pire au dévoiement radical.)

Le Hamas fit une campagne particulièrement agressive, n’hésitant pas à stigmatiser  un Fatah englué dans ses dérapages financiers. C’est donc sur le thème de lutte contre la corruption qu’il a bouté le Fatah hors de Gaza et qu’il a sapé pour le fragile processus de paix israélo-palestinien. Cette leçon a depuis été comprise par le Premier ministre palestinien Salam Fayyad, qui a fait un travail remarquable de transparence et de rigueur.

Aujourd’hui, les revendications qui reviennent constamment dans les soulèvements en Tunisie, Egypte ou en Libye et les manifestations dans les autres pays arabes, ne parlent pas de haine envers les Etats-Unis ou Israël.

Le fil conducteur est la mauvaise gouvernance et la corruption,  apparu avec la crise économique- accompagnée d’oppression, pratiquées de manière flagrante par les dirigeants et leur entourage.

Durant des décennies, des citoyens ordinaires ont été privés de dignité et d’accès à leurs droits tandis que des dictateurs se sont remplis les poches.

Tous les médias occidentaux ont relayé cette prise de conscience brutale et néanmoins tardive d’une corruption sans limite. Les dictateurs et les autocrates exercent un pouvoir absolu sur, notamment, toutes les transactions commerciales et financières, au mépris de toutes lois. Le citoyen ordinaire est dépossédé, humilié et maltraité à un degré tel que l’auto-immolation devient une option viable en tant que moyen d’expression.

Facebook, Twitter et autres médias sociaux ont facilité l’organisation et la diffusion de l’information, mais ils n’ont pas déclenché la révolte souhaitée par les citoyens. C’est l’injustice quotidienne en Egypte, en Tunisie, en Libye et dans les autres pays qui ont conduit à des soulèvements impressionnants.

Aujourd’hui, ces populations aspirent à un avenir de stabilité et de démocratie et sont prêts en payer le prix.

La corruption a conduit les sociétés à la radicalisation. Les idéologues radicaux ont un argument à leur disposition pour inciter à agir ceux dont les droits et la dignité ont été bafoués. Seul un véritable engagement en faveur de la responsabilisation, de la transparence et de la justice pourrait, en partie, ouvrir les portes de la démocratie et de la stabilité.

La corruption n’est pas seulement un crime financier mais une menace à la sécurité nationale et internationale.

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