La résurrection du Hezbollah : un retour aux techniques d’espionnage par le parti de Dieu.

par Matthew Levitt du Washington Institute

Hezbollah1Au cours de ces dernières années, les activités mondiales du Hezbollah libanais ont nettement augmenté, mais c’est tout récemment que leurs efforts ont porté leurs fruits.

En Juillet 2012, les agents du Hezbollah ont fait explosé un bus rempli de touristes israéliens à Bourgas en Bulgarie, tuant cinq Israéliens et le chauffeur de bus bulgare.

Par ailleurs, tout aussi important que ce succès opérationnel, un autre attentat a été déjoué à Chypre à peine deux semaines plus tôt. Cet attentat avorté nous a ouvert les yeux sur la modernisation du matériel technique du Hezbollah et de la capacité militaire de l’aile terroriste internationale du groupe : l’Organisation du Jihad islamique (OJI).

Cet article retrace donc la récente flambée des activités opérationnelles du Hezbollah depuis 2008 et souligne les efforts du groupe pour moderniser l’arsenal technique de l’OJI. Il convient de préciser que beaucoup de ces détails découlent de nombreuses conversations tenues par l’auteur avec des responsables de la sécurité israélienne à Tel-Aviv, qui ont ensuite été examinées et confirmées lors d’autres conversations avec les services de sécurité et du renseignement américain et européen.

L’article fournit également une analyse détaillée du cas d’Hossam Yaacoub, agent du Hezbollah qui purge actuellement une peine dans une prison chypriote pour son rôle dans un complot visant des touristes israéliens. Cette analyse a pour but de démontrer comment le Hezbollah a rénové son activité terroriste. A l’aide de la copie des interrogatoires effectués par la police chypriote sur Yaacoub après son arrestation, cette analyse donne un aperçu unique de la façon dont le  Hezbollah recrute et forme ses nouveaux agents.

L’article démontre aussi que la décision du Hezbollah de rester éloigné de la ligne de mire de la guerre menée contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre a causé le déclin de sa branche armée ;  mais que désormais le groupe terroriste était en train de reconstruire l’arsenal de l’OJI.

L’Opération Radwan révèle un manque de compétences.

En Février 2008, l’explosion d’une voiture piégée à Damas a causé la mort du chef militaire du Hezbollah, Imad Mughniyyeh. Lors de ses funérailles, le Secrétaire Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a promis de riposter et de mener une « guerre ouverte » contre Israël. Les Israéliens ont pris l’avertissement au sérieux, mais Nasrallah n’avait peut-être pas réalisé à quel point le Hezbollah était mal préparé pour donner suite à cette menace.

Les responsables israéliens ont rapidement pris des mesures préventives (diffusion d’alerte de voyages spécifiques pour couvrir des mesures secrètes) contre ce qu’ils considéraient comme les scénarios les plus probables.

Les responsables israéliens n’ont pas eu à attendre très longtemps pour que le Hezbollah passe à l’action. Pourtant, lorsque l’OJI, alors sous le commandement du beau-frère de Mughniyyeh, Mustafa Badreddine, et de Talal Hamiyeh, première personne évoquer publiquement la volonté de venger la mort de Mughniyyeh, l’Opération Radwan (inspirée du nom de Mughniyyeh, qui était aussi connu sous le nom de Hajj Radwan) a connu une série de revers.

Même si le Hezbollah avait décidé d’opérer dans des pays où la sécurité est relativement laxiste plutôt que dans les pays occidentaux, les efforts de Hezbollah pour se venger de la mort de Mughniyyeh ont échoué à plusieurs reprises. Dans des endroits tels que l’Azerbaïdjan, l’Égypte ainsi que la Turquie et même avec un soutien important de la Force Qods, les agents du Hezbollah ont subi une série d’échec à commencer par le  fiasco de mai 2008 à Bakou, où de nombreuses attaques dont notamment le bombardement des Ambassades américaine et israélienne ont été contrecarrées. L’événement a certes permis la libération sans heurt du personnel de la Force Qods, mais des poursuites pénales ont été engagées à l’encontre des deux agents du Hezbollah. Des opérations ont été aussi rapidement déjouées en Egypte et en Turquie toute comme ont été contrecarrées des tentatives de kidnapping contre des Israéliens en Europe et en Afrique.

L’OJI n’était pas à la hauteur pour mener à bien la réalisation de ces attaques commanditées par le Hezbollhah. Les dirigeants de Hezbollah avaient, en effet, épuré le réseau mondial des membres actifs de l’OIJ après les attentats du 11 septembre pour rester éloigné de la ligne de mire de la guerre menée contre le terrorisme. De plus, le      « partenariat stratégique » que le Hezbollah avait contractait avec l’Iran, durant la dernière décennie, semblait avoir mis l’accent sur ​​le financement, la formation et l’armement de sa milice plutôt que sur la préparation d’attentats terroristes internationaux.

En conclusion, le Hezbollah n’avait, non seulement, pas les moyens et les compétences pour réussir une opération à l’étranger, mais il ne pouvait pas compter non plus sur Mughniyyeh pour planifier et diriger les opérations.

Nouvelles tâches attribuées par Téhéran : cibler des touristes israéliens

Un attentat déjoué en Turquie en Septembre 2009 a marqué un tournant pour les stratèges opérationnels du Hezbollah et leurs commanditaires iraniens. En dépit de l’augmentation du soutien logistique des agents de la Force Qods prévus pour cet attentat, les agents du Hezbollah n’avaient toujours pas réussi à exécuter la mission avec succès.

Les responsables israéliens ont affirmé que Hezbollah et les Force Qods se blâmaient mutuellement à la suite de ces deux années d’échec dont le point culminant fut l’attaque ratée en Turquie puis un autre complot déjoué en Jordanie, en Janvier 2010.

Pendant ce temps, aux environs de 2009, les responsables israéliens soutenaient la thèse que l’Iran avait peu d’intérêt pour les prouesses opérationnelles du Hezbollah concernant les problèmes locaux, comme venger la mort de Mughniyyeh par exemple, et préférait se consacrer plus efficacement à la lutte contre ceux qui menacent son programme nucléaire naissant. Nous parlons de composants défectueux des centrifugeuses iraniennes, des désertions dans le Corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI), puis de la bombe qui a tué le physicien iranien Masoud Ali Mohammadi devant son domicile à Téhéran en Janvier 2010.

Selon des responsables du renseignement israélien, les dirigeants iraniens ont tiré deux conclusions après la mort de Mohammadi :

1) L’OJI du Hezbollah devait renouveler sa capacité opérationnelle, non seulement pour venger la mort de Mughniyyeh, mais aussi pour jouer un rôle dans la «guerre de l’ombre » menée par l’Iran contre l’Occident

2) Le GRI ne pourrait plus compter uniquement sur Hezbollah pour commettre des attentats terroristes à l’étranger. Les dirigeants ont affirmé qu’ils allaient déployer les forces Qods par leurs propres moyens, et plus seulement en tant que force de frappe de soutien du Hezbollah. Plus encore que la perte de ses scientifiques, Téhéran a tenté de redorer son blason en véhiculant l’image d’un Iran si faible qu’il ne pouvait même plus protéger ses propres scientifiques à la maison.

De son côté, les responsables israéliens soutenaient que la Force Qods donnait des instructions au Hezbollah pour préparer une campagne d’attentats terroristes visant des touristes israéliens à travers le monde.

Selon les instructions de Nasrallah, Badreddine et Hamiyeh « avaient entrepris une réévaluation opérationnelle massive en Janvier 2010, qui a conduit à de grands changements au sein de l’OJI, sur une période d’un peu plus de six mois », selon les propos d’un responsable israélien. Pendant cette période, les opérations de l’OJI ont été mises en attente et de grands changements du personnel ont été effectués. De nouveaux agents ont été recrutés dans l’élite de la branche militaire du Hezbollah pour qu’ils soient formés aux opérations d’espionnage tandis que les anciens membres ont été mutés à de nouveaux postes. Dans le même temps, l’OJI était en train de moderniser son armée qui avait été mise de côté depuis la décision de freiner les opérations en 2001.

Des hauts et des bas 

Pendant ce temps, les agents du Hezbollah étaient occupés à planifier les opérations de «la guerre de l’ombre » de l’Iran avec l’Occident : cibler les touristes israéliens à l’étranger. Bien qu’il avait encore du mal à reconstituer leurs troupes opérationnelles étrangères, le Hezbollah a continué d’envoyer des agents insuffisamment préparés à l’étranger dans l’espoir d’une hypothétique réussite. Pourtant, l’accroissement des attaques n’a pas donné de résultats.

Selon un représentant des services américains, le Hezbollah a donné 150,000 $ à chacun des membres du commando pour attaquer une école juive à Bakou. Puis, à la même époque, en Janvier 2012, les autorités ont déjoué un attentat qui visait des touristes israéliens en Bulgarie (à peine quelques semaines avant la date anniversaire de l’assassinat de Mughniyyeh) et un attentat a aussi été déjoué en Grèce .  Enfin, à l’autre bout du monde, à Bangkok, les autorités israéliennes et locales ont contrecarré une attaque beaucoup plus ambitieuse – mais non moins désespérée – dont le but était de neutraliser d’autres touristes israéliens.

Le 12 Janvier 2012, agissant sur la base d’un renseignement israélien, la police thaïlandaise a arrêté Hussein Atris, ressortissant libanais avec un passeport suédois à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, alors qu’il tentait de fuir le pays. Un autre suspect, dont la police avait noté la ressemblance avec le portrait robot de Naim Haris, s’est échappé. Le portrait robot de Naim Harris, agent de recrutement du Hezbollah, avait été diffusé par les services israéliens un an plus tôt. Quelques jours plus tard, la police a émis un mandat d’arrêt contre le colocataire d’Atris : un Libanais qui portait le nom de James Sammy Paolo.

Interrogé sur le week-end du 12 janvier, Atris a conduit la police dans un bâtiment de trois étages dans la banlieue de Bangkok où lui et son colocataire avait stocké environ 4 tonnes de produits chimiques destinés à fabriquer des explosifs. Les matériaux avaient déjà pris la forme de cristal, une étape dans la construction des bombes. Les formulaires d’expédition retrouvés sur les lieux indiquaient que certains de ces explosifs étaient stockés dans des sacs marqués « litière pour chats » et étaient destinés à être expédiés à l’étranger. Les services de renseignement israéliens ont émis l’hypothèse que le Hezbollah avait utilisé la Thaïlande comme « placard » à explosifs (Atris avait loué les lieux un an plus tôt) et avait chargé ses agents sur place, qui n’avait apparemment pas été formés à l’art de l’espionnage, d’attaquer des touristes israéliens.

La conclusion n’était pas une surprise : les services de renseignement américains avaient déjà déterminé que le Hezbollah était connu pour utiliser Bangkok comme une plaque tournante de la logistique et du transport, en décrivant la ville comme « un centre de cocaïne et de blanchiment d’argent pour le compte du Hezbollah ».

Six mois après sa tentative ratée contre les israéliens en Bulgarie, le Hezbollah a fait explosé le bus israélien à Bourgas.

Certains éléments de l’attentat de Bourgas ont mis en évidence certaines lacunes opérationnelles. C’est le cas notamment du permis de conduire factice de l’état du Michigan utilisé par le kamikaze qui comportait l’adresse de Baton Rouge, en Louisiane.

Toutefois, d’autres éléments ont démontré une certaine ingéniosité. Le Hezbollah a dépêché deux agents pour réussir sa mission.  Tous deux ont voyagé avec des passeports étrangers légitimes (un canadienne, l’autre australien). Ils se sont rendus en Bulgarie à travers la Pologne, puis sont passés par la Roumanie et la Turquie. Pourtant, suite aux déclaration publiques des autorités bulgares et malgré leur conclusions sur l’implication du Hezbollah dans cet attentat, l’enquête reste ouverte sur ​​au moins trois continents.

L’étude de cas à Chypre: un aperçu sur le recrutement et la formation des agents du Hezbollah.

Contrairement aux attaques décrites ci-dessus, un trésor d’informations est ressorti  du procès à Chypre de Hossam Yaacoub, un libano-suédois qui a avoué appartenir aux Hezbollah lors de son arrestation quelques jours avant l’attentat. Tous les détails sur cette affaire qui suivront sont des extraits des interrogatoires de Yaccoub détenus par la police et traduits officiellement en anglais.

Arrêté dans sa chambre d’hôtel à Limassol, le matin du 7 Juillet 2012, quelques heures après son retour d’une opération de surveillance à l’aéroport de Larnaca, Yaacoub a d’abord été interrogé (une heure après son arrestation) par la police chypriote pendant cinq heures.

Dans un premier temps, Yaacoub a fourni uniquement des informations de base au sujet de lui-même. Il a insisté sur le fait qu’il n’était rien de plus qu’un homme d’affaires libanais qui cherchait à importer des marchandises chypriotes au Liban. Il avait été à Chypre trois fois, a t-il expliqué, d’abord en tant que touriste, environ trois ans plus tôt, pour une entreprise en décembre 2011 et maintenant à nouveau en juillet 2012. Yaacoub n’était pas disposé à faire tomber sa couverture lors des deux premiers interrogatoires effectués par la police le 7 juillet et 11 juillet 2012.

Plusieurs heures se sont écoulées après le deuxième interrogatoire et dès que la police chypriote a commencé son troisième interrogatoire plus tard, cette même nuit, l’histoire a commencé à changer.

« En ce qui concerne la précédente déposition que je viens de donner à la police », a déclaré Yaacoub, « je n’ai pas dit toute la vérité. » Quatre pages de dépositions plus tard, Yaacoub a changé son histoire, prétendant avoir été approché au Liban par un homme du nom de Rami en juin 2012. Il a décrit des réunions clandestines avec Rami, toujours menées au cours de promenades en plein air racontant qu’il n’était pas  autorisé à transporter son téléphone cellulaire. Rami avait chargé Yaacoub de vérifier l’arrivée des vols en provenance d’Israël à l’aéroport de Larnaca. Peu importe la finalité, il demandait à Yaacoub de le rappeler et Rami lui disait que tout cela était « fait pour le bien de la religion au final ».

Yacoub a ensuite détaillé les instructions que lui donnait Rami. Il devait configurer des comptes e-mails par lesquels il pourrait communiquer avec Rami, changer son apparence, éviter les caméras à l’aéroport, et devait recueillir des tracts d’hôtels chypriotes spécifiques. Yaacoub dit qu’il a pris les 500 $ que Rami lui  avait offert et s’est rendu à Chypre, portait un chapeau et des lunettes et avait évité les caméras de sécurité quand il allait à l’aéroport pour observer les vols en provenance  d’israélien, puis il allait dans des cybercafés pour créer les nouveaux comptes e-mails selon les instructions de Rami.

Yaacoub a décrit Rami comme un Libanais de 38 ans, musclé et d’environ 1m60, avec un teint clair, les yeux verts et les cheveux blonds. « Je pourrais le reconnaître à partir d’une photo » a déclaré Yaacoub, ajoutant : « je ne sais pas si Rami appartient au Hezbollah, il n’a jamais mentionné ce mot, mais je soupçonne qu’il appartient à cette organisation. » Yaacoub a conclu en disant « tout ce que j’ai dit dans ma déposition est la vérité. » Ce n’était pas la vérité, bien évidemment. « Rami » n’avait jamais existé. C’est seulement plus tard que Yaacoub admettra que « l’histoire que je vous ai raconté dans ma précédente déposition, celle d’un gars appelé Rami, comme vous pouvez le deviner, ne s’est pas jamais produite. »

Un autre interrogatoire a eu lieu quelques jours plus tard et a duré deux heures et demi en pleine nuit. Lorsque celui-ci s’est terminée à 03h15, la police avait un aperçu beaucoup plus complet du recrutement de Yaacoub par le Hezbollah et la nature de sa mission à Chypre ainsi que de ses précédentes opérations ailleurs en Europe. Encore une fois, Yaacoub a commencé l’entrevue avec une bombe : « Je suis un membre actif du Hezbollah depuis environ quatre ans. J’ai été recruté par un Libanais appelé Reda en 2007. »

Durant la semaine de son arrestation, Yaacoub a maintenu la police chypriote dans le flou, d’une part, en se tenant à l’histoire de sa couverture bien établie en tant que commerçant libanais et d’autre part, en admettant qu’il avait pour mission de recueillir des informations sur les vols israéliens tout en racontant une histoire fausse à propos de son recrutement.

En fait, le Hezbollah a une vraie expérience pour former ces agents à résister aux interrogatoires. En mars 2007, la même année que le recrutement de Yaacoub, un agent chevronné du Hezbollah avait été capturé par des forces britanniques en Irak. Dans cette affaire, Ali Musa Daqduq al-Moussaoui avait prétendu être sourd et muet pendant plusieurs semaines avant de parler et d’admettre être un membre du Hezbollah.

Du point de vue du contre-espionnage, induire en erreur ses interrogateurs, pendant un certain temps, permet à d’autres agents de s’échapper. Telle est donc la raison la plus probable pour laquelle Yaccoub a finalement révélé la vérité. A la manière d’Al Moussaoui en Irak : conserver sa couverture et après avoir gagné suffisamment de temps, dire la vérité car cela ne sert plus à rien de mentir.

Comment le Hezbollah avait-il repéré Yaacoub ? Cette question là demeure sans réponse, seul leur intérêt pour sa citoyenneté européenne et son soi-disant commerce d’import-export est certain. Reda avait apparemment appelé subitement Yaacoub pour le convier à une réunion dans son bureau du Hezbollah en charge des « questions étudiantes. »  Ce n’était pas dans une base militaire ou terroriste du Hezbollah que Yaacoub avait été informé qu’il allait être chargé « pour une mission secrète du Hezbollah. » Yaacoub s’était senti flatté : « J’ai accepté parce que j’ai compris qu’il avait besoin de moi pour quelque chose de grand et qu’il m’avait choisi pour ça. »

Plus tard, le même jour, Réda avait immédiatement organiser un rendez-vous, entre Yaacoub et son premier instructeur, Wahid, à l’extérieur du centre ville de Beyrouth. Yaacoub avait travaillé avec Wahid pendant deux à trois mois avant d’aller en Suède pour rendre visite à son père. Yaacoub a expliqué : « Quand je dis « travail », je veux dire que Wahid m’a expliqué brièvement l’opération secrète auquel j’allais participer. Il a toujours souligné que personne ne devait rien savoir, ni ma famille ni mes amis. »

Wahid avait formé Yaacoub encore deux mois après son retour de Suède. Il lui avait expliqué que sa « mission secrète serait une activité de surveillance et d’infiltration au nom du Hezbollah. » Ensuite, Wahid avait envoyé Yaacoub à son nouvel entraineur.

Un homme répondant au nom de Youssef allait former Yaacoub pendant encore cinq ou sept mois, en se concentrant sur les concepts de sécurité opérationnelle. Yousef avait enseigné à Yaacoub « comment gérer {sa} vie personnelle et {ses} activités de sorte que les gens ne puissent pas obtenir des informations sur {lui} et qu’ {il puisse} travailler sous couverture et de façon convaincante, sans donner lieu à des soupçons »… « Il m’a appris à créer des histoires d’infiltration. » a déclaré Yaacoub.

Plus tard, un certain Mahdi avait pris en charge l’entrainement qui comprenait d’abord une phase de test pour Yaacoub. En 2008, Yaacoub avait reçu une grande et mince enveloppe et avait du la livrer à quelqu’un à Antalya, en Turquie, avec des instructions précises sur la date, l’heure et le lieu où la livraison devait être effectuée. Le point de rencontre avait été à l’extérieur d’un magasin turc et le destinataire avait pu reconnaitre Yaacoub grâce à son chapeau et ses vêtements spécifiques, selon les instructions. Une fois qu’ils avaient échangé le code préétabli, le transfert avait pu être effectué. Yaacoub était resté en Turquie quelques jours de plus, aux frais du Hezbollah, avant de retourner au Liban. « Je ne connaissais pas son contenu et je n’avais pas le droit de demander, parce que tout est fait dans le plus grand secret au sein de l’organisation », a t-il expliqué.

Après avoir passé ce test, Yaacoub était enfin prêt pour l’entraînement militaire et avait été envoyé vers un autre instructeur nommé Abu Ali qu’il avait rencontré, une fois, lors d’une réunion secrète organisée par Mahdi. Abu Ali avait préparé une formation militaire pour Yaacoub au cours des années qui allaient suivre. Il s’agissait de six à sept sessions de formations différentes, chacune pour une durée de trois à cinq jours dans un camp militaire Hezbollah. Yaacoub avait été emmené dans différents endroits de Beyrouth à chaque fois et avait été transporté dans des camions aux fenêtres fermées afin que lui et d’autres stagiaires ne puisent pas voir où ils allaient. Une fois sur place, Yaacoub a ajouté : « il était clair, selon la topographie, qu’ils étaient dans le sud du Liban. »

Chaque groupe d’entraînement militaire était composé de 10 à 13 stagiaires, qui portaient tous des cagoules, de même que les instructeurs, afin de cacher leurs identités les un des autres. Chacun dormait dans sa propre tente et était entrainé dans un endroit différent. Yaacoub a raconté avoir été formé à l’utilisation de plusieurs armes à feu : armes de poing, aux tirs de missiles à l’épaule et notamment le FN Browning, Glock, AK-47, M-16, MP-5, PK-5, et le RPG-7. Il avait également été formé à l’utilisation d’explosifs C4. Au cours de cette même période, sous la responsabilité générale de Abu Ali, Yaacoub avait assisté à des séances d’entrainement dans les sous-sols de Beyrouth qui portaient sur les techniques de surveillance du renseignement. Y étaient expliquées la façon de travailler en toute sécurité en civil en se créant une couverture, les techniques de résistance à l’interrogatoire et la façon pour trahir les détecteurs de mensonges.

En 2009, Yaacoub a expliqué qu’Abu Ali l’avait envoyé en mission à Chypre « pour {se} créer une couverture et pour que les gens apprennent à {le} reconnaître, pour continuer à venir avec un but légitime et sans donner lieu à des soupçons. » Il s’était rendu à Chypre via Dubaï afin de renforcer sa couverture et avait passé une semaine en vacances à Ayia Napa, aux frais du Hezbollah. Quand il serait de retour à Chypre, deux ans plus tard, il aurait été en mesure de dire que l’idée d’importer des marchandises en provenance de Chypre lui était venue pendant ses vacances en 2009.

Chaque fois qu’il revenait d’une mission, y compris celle-ci, Yaacoub était débriefé par un responsable de la sécurité du Hezbollah qui voulait savoir où il était allé, qui il avait rencontré, comment était le climat ambiant et comment les gens vivaient à l’emplacement donné et quel était l’état de l’économie.

A son retour de vacances en Chypre, en 2009, un nouvel instructeur avait été assigné à Yaacoub, Aiman, qui l’avait envoyé sur sa prochaine mission : à Lyon, en France, aux frais du Hezbollah.

Sa mission : recevoir un sac d’une personne et le remettre à quelqu’un d’autre, tout en utilisant le même matériel technique (signes d’identification et mots de code) qu’il avait employé dans sa dernière mission de courtier en Turquie. Peu de temps après, Aiman ​​avait envoyé Yaacoub à Amsterdam où il avait récupéré un téléphone portable, deux cartes SIM et un objet inconnu enveloppé dans des journaux pour les ramener à Aiman ​​au Liban.

Puis, en Décembre 2011 et à nouveau, en Janvier 2012, Aiman ​​avait envoyé Yaacoub  de nouveau à Chypre « pour se créer une couverture » en tant que commerçant intéressé par l’importation au Liban de jus d’une entreprise locale chypriote précise. Il avait également été chargé de recueillir des informations sur la location d’un entrepôt à Chypre. « J’ai fait toutes ces choses après avoir reçu des instructions claires de Hezbollah, de sorte à être basé à Chypre et être en mesure de servir l’organisation », a t-il dit. Yaacoub a maintenu qu’il ne savait pas pourquoi le Hezbollah avait choisi Chypre comme base avancé, mais il a émis l’hypothèse sur le fait que « peut-être allait-il commettre un acte criminel ou faire sauter un magasin à l’explosif. »

Pour l’ensemble de ses voyages en Europe pour le compte du Hezbollah, Yaacoub avait utilisé son passeport suédois qu’il avait renouvelé à cette fin. Une fois sa formation de base terminée, Yaacoub est devenu un salarié du Hezbollah, gagnant 600 $ par mois depuis 2010.

Le prochain interrogatoire de Yaacoub avec la police chypriote a eu lieu le 16 Juillet 2012, en fin de soirée. Ses premiers mots ont été : « Mon nom opérationnel, qui est mon surnom au sein du Hezbollah, est Wael. » Yaacoub a donné plus de détails sur les protocoles de sécurité opérationnels du Hezbollah, comme la nécessité de répondre à une question codée à chaque fois qu’il était ramassé à Beyrouth pour l’entraînement militaire hors de la ville. Aiman fournissait les nouveaux mots de passe à chaque fois, puis différents mots de passe étaient fournis par chaque instructeur.

 Yaacoub a admis que sa visite à Chypre, en décembre 2011, était constituée de plusieurs missions distinctes.

Tout d’abord, Aiman avait ​​chargé Yaacoub de recueillir des informations sur un parking, derrière l’ancien hôpital de Limassol et à proximité de la police et des services de la circulation. Aiman ​​voulait que Yaacoub prenne des photos et soit en mesure d’établir un schéma de la zone à son retour. Yaacoub devait chercher les caméras de sécurité, savoir si le paiement était nécessaire pour entrer, si les clés de voiture étaient laissées à un voiturier, s’il y avait un garde de sécurité…

Yaacoub a également dit qu’il avait du trouver des cybercafés à Limassol et Nicosie et les indiquer sur une carte pour Aiman. Il avait du acheter trois cartes SIM pour les téléphones mobiles de différents fournisseurs à des jours différent. Il avait du aussi trouver de bons endroits de réunion, comme dans un zoo de Limassol et à l’extérieur d’un château à Larnaca.

Dans le cas où une réunion s’aurait avéré nécessaire, Yaacoub aurait reçu un SMS. Un SMS sur la météo qui signifiait d’aller à la promenade Finikoudes à Larnaca ce jour-là à 18 heures. Si personne ne se serait présenté Yaacoub aurait du revenir le lendemain à 14h00, puis de nouveau le lendemain à 10h30.

Aiman ​​avait aussi voulu que Yaacoub repère les restaurants israéliens à Limassol et sache où les Juifs mangent « casher » mais une recherche sur internet avait indiqué qu’il n’y en avait pas.

Plus tard, en Janvier 2012, Yaacoub avait été chargé de vérifier l’hôtel Golden Arches à Limassol et de collecter des brochures ainsi que de reconnaître les lieux (il avait fait une enquête sur la région mais l’hôtel était en rénovation).

« Le Hezbollah connaît très bien Chypre » a déclaré Yaacoub à la police, ajoutant qu’il pensait que ses affectations visaient à mettre à jour les fichiers du groupe « et de créer une base de données. » Il a insisté sur le fait qu’il ne faisait partie d’aucun complot « qui visait à frapper une quelconque cible à Chypre à l’arme à feu ou aux explosifs », ajoutant qu’il aurait eu le droit de refuser la mission si on lui avait demandé d’exécuter un tel acte.

Cinq jours se sont écoulés avant le dernier interrogatoire par la police de Yaacoub, qui a eu lieu à la mi-journée le 22 Juillet 2012. Yaacoub a concédé qu’il était « au courant de l’idéologie et des objectifs du Hezbollah », ajoutant que cela était limité à la protection du territoire libanais « avec tous les moyens légaux ». Cela incluait « la lutte armée, les opérations militaires et la politique. » Il a dit être opposé au terrorisme soulignant que cela était différent de la guerre. Yaacoub a exprimé son soutien à « la lutte armée pour la libération du Liban d’Israël », mais n’était « pas en faveur des attaques terroristes contre des innocents »

Puis, il a ajouté : « Je ne crois pas que les missions que j’ai exécutées à Chypre soient liés à la préparation d’une attaque terroriste à Chypre. Il s’agissait tout simplement de recueillir des informations sur les Juifs et c’est ce que mon organisation fait partout dans le monde. »

Le 21 mars 2013, un tribunal pénal chypriote a condamné Yaacoub pour participation à la planification d’attaques contre des touristes israéliens sur l’île en juillet dernier.

Dans leur décision de 80 pages, les juges ont rejeté la défense de Yaacoub qui avaient consisté à dire qu’il avait recueilli des renseignements pour le Hezbollah mais qu’il ne savait pas pourquoi cela serait utilisé. Il ne pouvait y avoir aucune « explication innocente » des actions de Yaacoub, a jugé le Tribunal, ajoutant qu’il « aurait dû logiquement savoir que ses activités de surveillance était liée à un acte criminel. »

Un phénomène préoccupant

Pris ensemble, les cas bulgares et chypriotes présentent des preuves convaincantes du retour des techniques traditionnelles d’espionnage du Hezbollah.

A l’image de Yaacoub, plusieurs années avant que la Force Qods aient chargé le Hezbollah de moderniser son aile terroriste, OJI, en Janvier 2010, le groupe avait déjà recruté des agents avec des passeports étrangers et les avait formés à l’entraînement militaire et aux compétences de surveillance.

Yaacoub a été recruté en 2007, tandis que Mughniyyeh était encore en vie. En effet, alors que l’assassinat de Mughniyyeh a incité le groupe à reprendre les opérations internationales abandonnées depuis le 11 septembre, le Hezbollah n’a jamais cessé d’identifier et de recruter de nouveaux agents pour différents types de missions au Liban  et partout dans le monde.

Il n’est pas question, toutefois, que les défaillances opérationnelles qui ont suivi l’assassinat de Mughniyyeh démontrent que les capacités opérationnelles étrangères du groupe soient affaiblies  au fil du temps. Quand Mughniyyeh a été tué, et plus tard, quand l’Iran voulait que le Hezbollah joue un rôle dans sa « guerre de l’ombre » avec l’Occident, le Hezbollah n’était pas encore tout à fait prêt à le faire.

Pourtant, les cas en Bulgarie et à Chypre suggèrent que ce ne soit plus le cas. Yaacoub n’était pas une exception, ce que les attaques de Bourgas ont prouvé.

Comme Yaacoub et les agents Bourgas, certaines de ces nouvelles recrues sont des citoyens occidentaux. Lors d’une de ses séances d’entraînement, Yaacoub a entendu un autre stagiaire parlait couramment l’arabe avec quelques mots d’anglais mélangés.  Selon Yaacoub, le stagiaire avait parlé avec un accent typiquement américain.

Source : Cliquez ici

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