« La santé comme une idole » par David Isaac Haziza

Avec l’avènement de la pandémie, la santé n’a-t-elle pas été sacralisée comme si elle était la vie même ? Une vie sans danger, sans excès, sans audace, une vie sans la mort.

Une célèbre discussion survenue entre les Sages de Rome et ceux d’Israël est citée dans la Mishnah, au traité Avodah Zarah : « S’Il a en haine l’ idolâtrie, demandent les premiers aux seconds, pourquoi ne pas la détruire ? » C’est que, répondent les rabbins, « c’est le monde entier qui serait anéanti », les idolâtres vénérant d’ordinaire les entités constitutives de l’univers, le soleil, la lune, les étoiles, les êtres les plus nécessaires à la pérennité du monde. Au fond, que sont les idoles sinon des manifestations, des facettes du divin, que le divin ne saurait supprimer sans disparaître aussitôt ? Seulement, si « chaque créature indique Dieu, aucune ne le révèle », dit Gide avec raison dans ses Nourritures terrestres. Ça n’est pas le nombre de forces divines auxquelles on croit qui constitue l’idolâtrie ; ça n’est pas de se prosterner devant l’une d’entre elles, de s’incliner face à une créature, homme ou être d’ici-bas : c’est de prendre pour la totalité du divin un être qui l’indique – et, ponctuellement, pourrait en effet l’incarner.

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AJC salue l’adoption par l’Espagne de la définition de travail de l’antisémitisme

28 juillet 2020 – L’American Jewish Committee (AJC) a félicité l’Espagne pour avoir adopté la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

L’annonce de la décision du gouvernement espagnol a eu lieu lors d’une réunion entre la vice-première ministre Carmen Calvo et Isaac Benzaquén, président de la Fédération des communautés juives d’Espagne (FCJE). Mme Calvo a souligné au cours de la réunion que l’Espagne condamnait inconditionnellement l’antisémitisme et que « l’État espagnol souscrirait donc » à la définition de l’IHRA.

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« Délit de faciès » par Gabriel Abensour

On l’a lu, partout, on l’a vu sur toutes les chaînes, les Juifs ultraorthodoxes, les “harédim”, ne respectent pas le confinement, ne respectent pas grand-chose, d’ailleurs, si ce n’est leurs maîtres. Et si les choses étaient bien plus complexes et nuancées ?

« UN PEUPLE « VIVANT » DONT TOUTE LA FORCE COLLECTIVE RÉSIDE DANS SA CAPACITÉ À GÉMIR ; À SE CACHER JUSQU’À CE QUE PASSE LA TEMPÊTE ; À SE DÉTOURNER DE SON FRÈRE MISÉRABLE ET À RÉCOLTER QUELQUES BROUTILLES EN CACHETTE ; À SE FROTTER AUX GENTILS POUR GAGNER SA VIE TOUT EN SE PLAIGNANT DE LEUR PERFIDIE – AUCUN DIEU NE VOUDRA RENDRE JUSTICE À UN TEL PEUPLE, CAR CELUI-CI N’EN EST PAS DIGNE. »
Yosef Hayim Brenner, Anthologie, Tel-Aviv, 1985, Tome IV, p. 1286

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Plus de 230 législateurs d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Israël demandent l’interdiction du Hezbollah par l’UE

Bruxelles, 17 juillet 2020 – Dans le cadre d’une initiative transatlantique sans précédent, plus de 230 législateurs multipartites d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Israël exhortent l’UE à désigner le Hezbollah dans son intégralité comme une organisation terroriste. Les leaders du groupe Transatlantic Friends of Israel (TFI), qui ont mené la campagne, ont envoyé ce matin la déclaration transatlantique à la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen, au Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères Joseph Borrell, au président du Conseil européen Charles Michel, au président du Parlement européen David Sassoli, et aux gouvernements de tous les États membres de l’UE.

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« La République des invisibles » par Amine El Khatmi

Caissières, agents de la voirie, chauffeurs routiers, livreurs, aides-soignants, brancardiers, manutentionnaires… La crise que nous traversons depuis quelques mois met en lumière de façon spectaculaire toute une série de professions qui peinaient à obtenir la juste reconnaissance que nous leur devons collectivement.

Ces salariés du « back-office », pour reprendre l’expression notamment popularisée par le philosophe et spécialiste des relations sociales Denis Maillard, se sont d’autant plus imposés à nous qu’ils se sont trouvés liés par une caractéristique commune les différenciant de millions d’autres salariés : le télétravail leur était impossible.

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« Penser contre la haine » par David Gakunzi

Nos édifices sont debout. Et pourtant le tremblement planétaire a bien eu lieu. Notre monde a été retourné. Chamboulé. Confinement général. L’attente comme unique horizon. L’immobilité comme seul mouvement. Eruption au grand jour, sous la menace d’une petite chose invisible à l’œil nu, d’un temps figé. Que ressortira de ce séisme sanitaire introduisant, sans préavis, une profonde rupture dans  notre quotidien mondial? Notre part de lumière ou notre part de laideur ?

La vérité est qu’à ce stade nous ne savons pas grand-chose de ce qui adviendra. Nous ne pouvons que tendre l’oreille et écouter ce qui se dit ;  observer le langage courant. Car au-delà de sa fonction de nomination des choses existantes, le langage disant ce qui est, annonce aussi parfois ce qui adviendra. Il arrive que ce qui est dit dans le présent fasse signe des vestiges du futur.

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« Le retour des médias de confiance » par David Medioni

Alors que le monde « d’après » ou le monde « d’avec » le Covid-19 démarre à peine, j’ai envie d’imaginer Arthur Miller, le célèbre dramaturge américain, heureux. Pourquoi donc ? Simplement, parce que dans cette période si particulière que nous venons de traverser, le souhait qu’il formulait à propos de la presse et du journalisme, en 1961, dans un entretien accordé au London Observer, s’est exaucé. Ce jour-là, Arthur Miller déclarait: « Un bon journal, c’est une nation qui se parle à elle-même ».

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« Tout change, rien ne change » par Émilie Frèche

Après la sidération, l’angoisse, le nombre de morts, les inconnus à dix chiffres, la fin de l’école, les trente-six repas par jour à la maison, la fermeture des cinémas, des piscines, des jardins, des restaurants et la suspension de nos projets pour une durée illimitée, il m’est apparu que le Covid-19 pourrait avoir au moins un avantage: éradiquer l’antisémitisme. Ce sale virus n’avait pas réussi là où nous avions tous échoué, faire comprendre aux plus haineux qu’au bout du compte, nous sommes tous égaux face à la mort, (il ne faut quand même pas rêver), mais il était parvenu au petit exploit de reléguer notre part juive au dernier rang de nos identités multiples. Et ô, magie, cela valait pour l’ensemble des minorités. En effet, tout à coup, nous n’étions plus d’abord juif, musulman, catholique, Noir, homosexuel ou que sais-je encore, mais seulement vieux ou jeune, fragile ou bien portant. La pandémie avait renversé la table. En un temps record, elle avait instauré d’autres clivages, de nouveaux rapports de force. La montée du communautarisme que nous dénoncions depuis vingt ans s’était désagrégée, il n’y avait plus ni concurrence victimaire, ni concurrence des mémoires, et ce bel universalisme que nous avions tant appelé de nos vœux à coups d’articles, de colloques et de rencontres en ZEP allait enfin pouvoir triompher – le bonheur! Résultat, comme il n’y avait plus d’accidents de voiture, il n’y avait plus d’agressions racistes et antisémites; plus de sondages alarmants; plus de journaux titrant sur « Le nouvel antisémitisme » ou « La peur des Juifs de France. » Enfin, on nous foutait la paix. Et dans les repas de famille confinés, pour la première fois depuis des siècles, les Juifs ne se demandaient plus dans quel pays ils pourraient s’exiler – de toute façon, toutes les frontières étaient fermées, il n’y avait nulle part où aller.

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« Les enfants de Mathusalem » par Jérôme Guedj

Et soudain le monde entier (re)découvrit les vieux à l’aune d’une crise sanitaire sans précédent et un virus particulièrement âgiste : ses victimes sont très majoritairement les personnes âgées, et particulièrement les plus fragiles (90 % des décès concernent les plus de 65 ans, et la moitié des quelque 28 000 morts en France à l’heure où j’écris ces lignes sont des résidents d’Ehpad). Dans la communauté juive, les embrassades et effusions des festivités de Pourim ont fait des ravages parmi les anciens (mes pensées vont à cet instant à la mémoire de mon ami Joseph Zerbib de Massy). La Covid nous oblige donc à regarder ce que nous interdit bien souvent notre déni intime du vieillissement, que prolonge un déni collectif : un sujet trop rarement dans le débat public, hors situation de grande émotion, comme après la canicule de 2003 et ses 19 000 morts, déjà essentiellement des âgés, en moins de trois semaines. Les vieux sont pourtant là, et partout. Car nous sommes tous des vieux en devenir. Car les générations de babyboomers arrivent aux âges avancés. Car la révolution de la longévité, celle dont Claude Levi-Strauss disait à la fin de sa vie qu’elle constituait un phénomène anthropologique aussi important que la sédentarisation au néolithique, s’opère sous nos yeux sans qu’on en tire les nécessaires conséquences.

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« Soigner avec les yeux » par Delphine Horvilleur

Depuis des semaines, je relis le même épisode du Talmud. La légende est célèbre : c’est celle d’un homme qui vivait au deuxième siècle de notre ère en Galilée et avait pour nom Rabbi Shimon Bar-Yoh’ai. Accusé par les autorités romaines de trahison et menacé de mort, il se réfugia dans une grotte et y vécut avec son fils, douze années entières, sans aucun contact avec le monde extérieur. Immergés tous deux dans la Torah, de jour comme de nuit, ils sont le modèle talmudique du plus grand confinement.

Le texte affirme qu’après douze ans d’enfermement, tous deux se « déconfinèrent », pleins de sagesse et d’espoir. Mais au dehors, en constatant que le monde vaquait à ses occupations profanes et délaissait l’étude, tous deux furent pris de colère. Et celle-ci enflamma littéralement leur regard, devenu incandescent. Partout où leurs yeux se posaient, le monde prenait feu.

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L’American Jewish Committee inaugure des bureaux dans les villes jumelles de Minneapolis-St. Paul et à Louisville, en mémoire de George Floyd et Breonna Taylor

19 juin 2020 – Réaffirmant son engagement de longue date dans la lutte pour la justice raciale, le pluralisme et la cohésion sociale, l’American Jewish Committee (AJC) a annoncé hier l’ouverture de nouveaux bureaux régionaux à Minneapolis-St. Paul, dans le Minnesota, et à Louisville, dans le Kentucky.

« Nous partageons la promesse d’une Amérique pour tous », a déclaré le directeur exécutif de l’AJC, David Harris. « Nous pouvons aider à redonner le souffle de l’Amérique, même si nous ne pouvons pas aider à redonner le souffle de George Floyd. »

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L’AJC se félicite de l’adoption de l’accord aérien UE – Israël

Bruxelles – 18 juin 2020 – L’AJC Transatlantic Institute se félicite de l’adoption par le Parlement européen de l’accord euro-méditerranéen sur l’aviation entre l’UE et Israël avec 437 votes pour, 147 abstentions et 102 votes contre.

« Cet accord sur les transports aériens entre l’UE et Israël profite aux consommateurs, donne du pouvoir aux entreprises créatrices d’emplois et aligne les normes environnementales. C’est un bon jour pour les relations UE-Israël », a déclaré Daniel Schwammenthal, directeur du bureau européen de l’AJC Transatlantic Institute.

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« De ma fenêtre… » par Gilles Clavreul

Pangloss disait quelquefois à Candide : Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de mademoiselle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.

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