AJC déplore les attaques mortelles au Danemark

15 février 2015 – New York – David Harris, le Directeur exécutif de AJC, a qualifié les attaques à Copenhague, notamment celle de la synagogue, comme étant des « actes de terreur ignobles et déplorables », qui représentent une nouvelle «prise de conscience pour les dirigeants européens des menaces imminentes qui pèsent sur nos sociétés démocratiques et sur les valeurs qu’ils incarnent ».

Dan Uzan, un garde de sécurité juif de la principale synagogue de Copenhague, située rue Krystalgade, a été tué et deux policiers danois ont été blessés par Lire la suite

Montée de l’antisémitisme : une menace pour toutes les religions et les sociétés libres

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Dans un essai publié dans The Wall Street Journal, Jonathan Sacks, Grand Rabbin émérite des congrégations juives du Commonwealth britannique, décrit une nouvelle forme d’antisémitisme en Europe qui menace, selon lui, nos valeurs démocratiques. 

Cette année, les Juifs d’Europe ont célébré les fêtes de Yom Kippour – jour le plus saint du calendrier hébraïque – dans une atmosphère d’inquiétude générale, telle que je n’en avais jamais constaté auparavant. L’antisémitisme fait son grand retour en Europe, alors même que la mémoire de l’Holocauste est encore brûlante. « Plus jamais ça » s’est transformé en «toujours et encore ça ».

En France, des fidèles se sont retrouvés coincés dans une synagogue encerclée par une foule menaçante, qui prétextait ainsi protester contre la politique israélienne. A Bruxelles, quatre personnes ont été exécutées devant le Musée Juif de Belgique et une synagogue a été incendiée.

A Londres, un grand supermarché a décidé de retirer la nourriture casher de ses étalages, souhaitant « éviter les représailles des partisans du boycott de produits israéliens ». Toujours à Londres, un théâtre a refusé d’accueillir un festival de films juifs car l’événement avait reçu au préalable une subvention – minime – de l’ambassade d’Israël.

Au cours de l’été, j’ai entendu plus d’une fois des Juifs britanniques bien intégrés dire « pour la première fois de ma vie, j’ai peur ».

Il y a vingt ans de cela, dans le cadre du lancement d’un programme visant à renforcer la continuité de la religion juive à travers les générations, j’ai publié un ouvrage intitulé « Aurons-nous des petits-enfants juifs ? » Aujourd’hui, les Juifs commencent à se demander «  Aurons-nous des petits-enfants anglais ? »

Et les Juifs s’en vont. Une enquête publiée l’année dernière par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne montrait que près d’un tiers des Juifs d’Europe envisageait d’émigrer du fait de l’antisémitisme, avec un pourcentage particulièrement élevé pour la France (46%) ou pour la Hongrie (48%). Beaucoup de Juifs en viennent peu à peu à se demander s’ils ont un avenir en Europe.

Il ne faut toutefois pas exagérer la situation. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas l’Allemagne des années 1930. La haine des Juifs n’est pas incitée ni même tolérée par les gouvernements européens. De nombreux dirigeants politiques, parmi lesquels la chancelière allemande Angela Merkel ou le Premier ministre britannique David Cameron, ont dénoncé ouvertement l’antisémitisme qui a sévi ces derniers temps.

Il ne faut pas non plus donner un quelconque crédit aux nombreux préjugés que l’on peut souvent entendre de la bouche des Britanniques. La Grande-Bretagne enregistre un sentiment d’antisémitisme moins fort qu’aux Etats-Unis. Mais ce qui se passe reste tout de même considérable. Historiquement, comme le souligne Michael Gove, député conservateur britannique, l’antisémitisme constitue un signal d’alerte indiquant que la société toute entière est en danger. C’est pourquoi le nouvel antisémitisme doit être compris – et pas seulement par les Juifs.

L’antisémitisme n’a toujours qu’indirectement concerné les Juifs. Ils en ont été les victimes, mais pas la cause. La politique de haine qui commence avec les Juifs ne s’achève jamais avec les Juifs. Sous Hitler comme sous Staline, les Juifs n’ont pas été les seuls à souffrir. Et aujourd’hui encore, les Juifs ne sont pas les seuls à souffrir des violences perpétrées par les islamistes radicaux du Hamas, du Hezbollah, d’al-Qaïda, de Boko Haram, de l’Etat Islamique et de tous leurs autres compagnons de fortune (la liste est longue).

L’assaut lancé sur Israël et sur les Juifs du monde entier s’insère dans un schéma plus vaste, incluant notamment les attaques contre les Chrétiens et autres minorités religieuses du Moyen-Orient, d’Afrique sub-saharienne et de certaines régions d’Asie – l’équivalent religieux d’une campagne de nettoyage ethnique. En fin de compte, cette campagne équivaut à une attaque contre les libertés démocratiques occidentales dans leur ensemble. Si on ne la stoppe pas immédiatement, c’est l’Europe elle-même qui se verra régresser à l’âge des ténèbres.

Une partie de ce que l’on voit en Europe correspond à l’ancien antisémitisme; celui d’extrême-droite et de la gauche radicale, qui n’a jamais véritablement disparu et qui s’est simplement assoupi durant toutes les années où les attaques contre les Juifs étaient considérées comme inacceptables dans une société policée. A présent, ce tabou est bel et bien détruit.

Mais l’assaut sur les Juifs trouve un nouveau leitmotiv. L’antisémitisme d’aujourd’hui diffère de l’ancien de 3 façons: 

Le prétexte de l’antisémitisme a été modifié

Au Moyen-Age, les Juifs étaient haïs pour leur religion. Au 19ème puis 20ème siècle, ils ont été détestés pour leur race. Aujourd’hui, c’est pour leur Etat-nation qu’ils sont diffamés. Israël, vieux de 66 ans désormais, est encore le seul pays – parmi les 193 de l’ONU – dont le droit à l’existence est régulièrement contesté voire refusé sous certains aspects.

Cela ne signifie pas que toute critique d’Israël s’assimile à de l’antisémitisme. Ce n’est manifestement pas le cas. Le pays est lui-même l’un des plus autocritiques au monde, et les critiques de ses politiques représentent une perspective légitime du débat démocratique. Mais les partisans du Hamas ne sont pas intéressés par cette politique ; pas plus qu’ils ne le sont par les frontières et les polémiques qui en découlent. Ils se sont engagés à la destruction et à l’élimination complète de l’Etat juif, ce dont ils ont fait un principe, qu’ils énoncent clairement dans leur charte.

Il existe 102 Pays dans le monde où les Chrétiens sont majoritaires et 56 où ce sont les musulmans qui sont en plus grand nombre. Mais un seul Etat juif, et cela semble déjà trop.

De plus, les cibles de la terreur en Europe sont, bien souvent, des lieux de vie juive ordinaire – synagogues, écoles juives et musées – plutôt que des bureaux du gouvernement israélien.

Son épicentre a été déplacé

Les Juifs ont souvent été attaqués du fait qu’ils étaient l’archétype de l’ « autre ». Durant 1000 ans, ils représentaient la présence non-chrétienne la plus importante en Europe. Aujourd’hui, ils constituent la présence non-musulmane la plus remarquable au Moyen-Orient. Mais l’antisémitisme qui sévit au Moyen-Orient n’est pas propre à l’Islam.

Au 19ème siècle, les Coptes et les Chrétiens maronites ont introduit l’idée de diffamation de sang – la calomnie selon laquelle les Juifs utiliseraient le sang des Gentils pour leurs rituels religieux – en Egypte et en Syrie. L’Allemagne nazie, par l’intermédiaire de son allié le grand Mufti de Jérusalem, a ajouté à ce mélange peu ragoutant la conspiration notoire des Protocoles des Sages de Sion.

Ces deux mythes ont pénétré l’Islam de l’extérieur. Et les radicaux islamistes les ont désormais réexpédiés en Europe. A chaque fois que vous entendez des phrases comme « les Juifs contrôlent les médias » ou encore « Israël vise les enfants palestiniens », il s’agit d’une référence aux Protocoles des Sages de Sion et aux rituels sanguinaires.

La légitimation de l’antisémitisme a changé

La haine, lorsqu’elle relève du domaine public, est singulièrement difficile à justifier, ce qui explique pourquoi les antisémites ont toujours cherché une justification de la plus haute source d’autorité qui soit. Au Moyen-Âge, il s’agissait de la religion.

Au 19ème siècle, il était plutôt question des sciences. L’antisémitisme allemand était basé sur la soi-disant « étude scientifique de la race » et le darwinisme social : la doctrine selon laquelle dans l’histoire de l’humanité, comme dans la nature, les plus forts survivent en éliminant les plus faibles.

Dans l’ère qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, cette autorité a pris la forme des Droits de l’Homme. C’est pourquoi, en toute logique, la nouvelle vague d’antisémitisme a été lancée lors de la Conférence de l’ONU contre le racisme à Durban en 2001. Israël a été accusé de 5 péchés capitaux contre les droits de l’Homme : le racisme, l’apartheid, les crimes contre l’humanité, le nettoyage ethnique et la tentative de génocide.

Les Droits de l’Homme sont évidemment importants, et ce quels qu’en soient les victimes ou les auteurs. C’est la disproportion des accusations contre Israël qui a amené les Juifs à se demander si la préoccupation humanitaire était vraiment la motivation principale dans un cas pareil. Plus de la moitié de toutes les résolutions adoptées par le Conseil des droits de l’ONU depuis sa création en 2006 concernant la critique d’un pays en particulier, a été directement dirigée contre Israël. L’année dernière, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté 21 résolutions allant à l’encontre d’Israël, selon UN Watch, et seules 4 résolutions ont été prises pour protester contre les actions du reste du monde.

Historiquement, l’antisémitisme a toujours reflété une certaine incapacité à faire de la place aux différences entre les gens, ce qui est le fondement essentiel d’une société libre. C’est pourquoi la politique de la haine s’attaque maintenant aux Chrétiens, aux Bahaïs, aux Yézidis mais aussi aux musulmans du mauvais côté de la fracture entre sunnites et chiites, ainsi qu’à des Juifs.

Pour le combattre, nous devrons nous tenir la main, tous ensemble, que vous ayez une croyance quelconque ou que vous n’en ayez pas. L’avenir de la liberté est en jeu, et ce sera la bataille déterminante de ce 21ème siècle.

Europe, réveille toi !

10313620_10152903929789408_308312357932567795_npar David Harris, Directeur Exécutif d’AJC.

L’Europe a besoin de prendre conscience de la menace que représente l’antisémitisme.

Bien sûr, elle pense être lucide mais, en réalité, elle ne l’est que partiellement.

Le problème est beaucoup plus important et plus profond que ce que l’on imagine ; tout comme les enjeux sont plus considérables, et pas seulement pour les juifs, mais pour les valeurs fondamentales de l’Europe à commencer par la protection de la dignité humaine.

Pro-européen depuis de longues années dont l’épouse et les trois enfants sont des citoyens européens, le sujet me tient particulièrement à cœur.

Nous avons vécu en Europe de 2000 à 2001 à un moment où le discours antisémite refaisait surface dans plusieurs pays de l’Europe de l’ouest.

Cela était devenu une telle évidence qu’il était à portée de main.

Je me souviens d’un rassemblement dans le centre de Londres où l’orateur scandait la « dernière blague » sur les juifs : « Quelle est la différence entre un juif et une pizza ? Ils vont tous les deux dans un four mais au moins la pizza ne fait pas de bruit »

La foule riait aux éclats. Alors que ma femme s’indignait ouvertement, un « gentleman » anglais la regarda droit dans les yeux et lui dit : « F…k les juifs. »  Personne, autour, ne protesta.

Il y a également eu des incidents à l’école internationale de nos enfants dans la banlieue de Genève.

En effet, un élève plus âgé, le fils d’un ambassadeur à l’ONU d’un pays du Golfe, avait interpellé notre plus jeune fils. Il disait avoir entendu la rumeur que nous étions juifs et espérait que ce n’était pas le cas car il n’aimait pas les Juifs. Notre fils terrorisé admis tout de même que, oui, il était juif, avant de se lancer à la recherche de la protection de son frère ainé dans l’école.

Quand nous sommes allés rapporter l’incident, le Directeur de l’école n’a pas même osciller un battement de cil. Certainement, ne voulait-il pas courir le risque de perdre sa clientèle arabe.

Il y eu aussi le cas d’une élève israélienne. Lors du « International Day », il était demandé aux enfants de porter quelque chose qui venait de leur pays natal. Ainsi, décida-t-elle de porter le drapeau israélien comme paréo.

Un groupe d’élèves s’approcha, l’insulta et déversa du soda sur sa tête. Elle se libéra de son étreinte et courut en direction d’un surveillant où, à bout de souffle, elle raconta ce qu’il venait de se passer. Le surveillant resta de marbre et dit : « Nous n’intervenons pas dans les querelles politiques dans cet école. C’est entre vous et eux.»

Pendant ce temps, alors qu’Arafat avait refusé la proposition de Clinton et de Barak pour un accord à deux Etats et déclenché une deuxième Intifada, la nécessité pour Israël de se défendre est devenue la cible de commentaires souvent incendiaires dans de nombreux médias européens.

Ai-je pu ainsi « étoffer ma collection » d’exemples, tels que les caricatures et les gros titres dans la presse espagnole qui « réinventait » l’Holocauste, suggérant que les Israéliens étaient les nouveaux nazis et les Palestiniens les nouveaux juifs.

Puis, vint le drame du 11 septembre et une rumeur incroyable venue de Grèce. La presse grecque avait accrédité l’idée qu’il s’agissait d’un « complot sioniste » et que des milliers de juifs avaient été prévenus de ne pas s’approcher du World Trade Center, ce jour là.  A ces médias, je leur ai toujours demandé si AJC pouvait leur envoyer une liste des victimes juives du 11 septembre pour réfuter cette rumeur macabre.

Je me souviens également d’une réunion tendue, en novembre 2001, avec Hubert Védrine, alors Ministre français des Affaires étrangères, lors de l’ouverture différée de l’Assemblée générale de l’ONU.

Nous avions exprimé notre préoccupation à propos de la menace grandissante que subissaient les juifs en France ; une menace dont j’avais été le témoin depuis mon perchoir genevois et suite à mes nombreuses discussions avec les représentants de la communauté juive française.

Sa réponse fut immédiate et lapidaire : « Il n’y pas d’antisémitisme en France. C’est un problème de vandalisme »

En effet, lui et ses successeurs sont restés sur cette même politique jusqu’à la nomination de Nicolas Sarkozy en tant que Ministre de l’Intérieur, qui pris le problème au sérieux, relayé ensuite par le Président Hollande et son Premier Ministre, Manuel Valls.

De temps en temps, on nous racontait, en France, que l’antisémitisme était, en réalité, le fruit d’une « violence intercommunautaire ». Cependant, le fait que les juifs étaient systématiquement et en grande majorité les victimes de ces attaques ne semblait pas choqués ces personnes qui se voulaient « les défenseurs d’une certaine  impartialité. »

Puis, on nous racontait également que cela était le résultat regrettable du conflit israélo-palestinien. Le fait que les juifs étaient la cible d’attaques pouvait en quelque sorte être contextualiser, il était donc « normal » que des juifs puissent être les otages d’un conflit présent sur un autre continent tant que la paix n’aboutirait pas.

Je pourrais encore relater des centaines d’autres réunions avec des responsables européens, sans parler des dizaines de tribunes dans la presse, des discours et des conférences où AJC a bataillé pour faire comprendre la réalité des choses.

Souvent, nous étions accueillis avec un certain degré de scepticisme et de doute. Prétendre le contraire et nier la situation semblait la faire disparaître comme par magie.

Heureusement, certains dirigeants européens, et je les remercie, sont devenus plus sensibles et préoccupés par la question. Malheureusement, un temps précieux avait été perdu et les racines de l’antisémitisme étaient de plus en plus profondes.

A refuser d’en parler pendant des années, l’antisémitisme avait grandement eu le temps de tisser sa toile.

Le travail de longue haleine de diabolisation d’Israël de certains médias irresponsables –  Gaza : nouveau ghetto de Varsovie, Israël : nouvel assassin du Christ et des Palestiniens ; Israël : le pays qui collectait les organes des Palestiniens et dévorait leurs enfants – avait laissé des traces.

Les années passées à regarder dans la mauvaise direction, à minimiser les comportements haineux, à publier des discours sans mener des actions appropriées, en définitive, à sous-estimer le problème, ont eu un impact.

Lorsqu’un sondage de l’U.E. publié l’an dernier a révélé que 40 pour cent des Juifs de Belgique, de France et de Hongrie avaient considéré l’émigration et que plus de 20 pour cent des Juifs européens évitaient des événements juifs ou des sites par peur, la sonnette d’alarme doit être tirée et tout doit être mis en œuvre pour faire face à ce problème qui menace les valeurs européennes.

Lorsque des partis politiques néo-nazis, donc ouvertement antisémites, se sont installés dans les parlements nationaux et maintenant au Parlement européen lui-même, la sonnette d’alarme doit plus que jamais être tirée.

Lorsque des attaques meurtrières, que ce soit à Toulouse où trois enfants et un adulte juifs furent massacrés, au Musée Juif de Bruxelles où quatre personnes furent assassinés, samedi dernier ou à Créteil où ​​deux frères qui portaient des kippas furent battus quasiment à mort, la sonnette d’alarme a bien plus encore besoin d’être tirée.

Il est grand temps pour l’Europe de faire face à la dure réalité que l’antisémitisme est bien présent et que des mesures, enfin, concrètes sont nécessaires.

Améliorer les services de renseignement pour plus de sécurité, alourdir les condamnations pour une prise de conscience civique, responsabiliser les médias pour créer une solidarité publique, pointer du doigt l’antisémitisme lors de manifestations sportives et publiques, endiguer les discours de haine sur internet et les réseaux sociaux, tels sont les nombreux défis à affronter.

La menace vient d’une extrême droite ressuscitée par la colère populiste où crise économique et immigration incontrôlée sont les maîtres mots.

La menace vient d’une extrême gauche qui systématiquement refuse à Israël le droit d’exister et qui diabolise l’Etat juif dès qu’elle le peut.

Enfin, il vient d’une certaine partie de la communauté musulmane européenne où certains ont embrassé le virus mortel de l’antisémitisme nourri dans les mosquées, les « medersas » ou les médias.

Il y a toutefois une bonne nouvelle. Hormis la Hongrie où les doutes subsistent, aucun gouvernement européen ne tolère aujourd’hui l’antisémitisme et encore moins ne l’encourage. Quant aux communautés juives, elles sont déterminées à se tenir debout et rester fières d’être ce qu’elles sont : juives et européennes.

L’avenir de la communauté juive en dépend et peut-être celui de l’Europe aussi.

L’Europe a besoin de prendre conscience de la menace que représente l’antisémitisme.

Bien sûr, elle pense être lucide mais, en réalité, elle ne l’est que partiellement.

Le problème est beaucoup plus important et plus profond que ce que l’on imagine ; tout comme les enjeux sont plus considérables, et pas seulement pour les juifs, mais pour les valeurs fondamentales de l’Europe à commencer par la protection de la dignité humaine.

Pro-européen depuis de longues années dont l’épouse et les trois enfants sont des citoyens européens, le sujet me tient particulièrement à cœur.

Nous avons vécu en Europe de 2000 à 2001 à un moment où le discours antisémite refaisait surface dans plusieurs pays de l’Europe de l’ouest.

Cela était devenu une telle évidence qu’il était à portée de main.

Je me souviens d’un rassemblement dans le centre de Londres où l’orateur scandait la « dernière blague » sur les juifs : « Quelle est la différence entre un juif et une pizza ? Ils vont tous les deux dans un four mais au moins la pizza ne fait pas de bruit »

La foule riait aux éclats. Alors que ma femme s’indignait ouvertement, un « gentleman » anglais la regarda droit dans les yeux et lui dit : « F…k les juifs. » Personne, autour, ne protesta.

Il y a également eu des incidents à l’école internationale de nos enfants dans la banlieue de Genève.

En effet, un élève plus âgé, le fils d’un ambassadeur à l’ONU d’un pays du Golfe, avait interpellé notre plus jeune fils. Il disait avoir entendu la rumeur que nous étions juifs et espérait que ce n’était pas le cas car il n’aimait pas les Juifs. Notre fils terrorisé admis tout de même que, oui, il était juif, avant de se lancer à la recherche de la protection de son frère ainé dans l’école.

Quand nous sommes allés rapporter l’incident, le Directeur de l’école n’a pas même osciller un battement de cil. Certainement, ne voulait-il pas courir le risque de perdre sa clientèle arabe.

Il y eu aussi le cas d’une élève israélienne. Lors du « International Day », il était demandé aux enfants de porter quelque chose qui venait de leur pays natal. Ainsi, décida-t-elle de porter le drapeau israélien comme paréo.

Un groupe d’élèves s’approcha, l’insulta et déversa du soda sur sa tête. Elle se libéra de son étreinte et courut en direction d’un surveillant où, à bout de souffle, elle raconta ce qu’il venait de se passer. Le surveillant resta de marbre et dit : « Nous n’intervenons pas dans les querelles politiques dans cet école. C’est entre vous et eux.»

Pendant ce temps, alors qu’Arafat avait refusé la proposition de Clinton et de Barak pour un accord à deux Etats et déclenché une deuxième Intifada, la nécessité pour Israël de se défendre est devenue la cible de commentaires souvent incendiaires dans de nombreux médias européens.

Ai-je pu ainsi « étoffer ma collection » d’exemples, tels que les caricatures et les gros titres dans la presse espagnole qui « réinventait » l’Holocauste, suggérant que les Israéliens étaient les nouveaux nazis et les Palestiniens les nouveaux juifs.

Puis, vint le drame du 11 septembre et une rumeur incroyable venue de Grèce. La presse grecque avait accrédité l’idée qu’il s’agissait d’un « complot sioniste » et que des milliers de juifs avaient été prévenus de ne pas s’approcher du World Trade Center, ce jour là. A ces médias, je leur ai toujours demandé si AJC pouvait leur envoyer une liste des victimes juives du 11 septembre pour réfuter cette rumeur macabre.

Je me souviens également d’une réunion tendue, en novembre 2001, avec Hubert Védrine, alors Ministre français des Affaires étrangères, lors de l’ouverture différée de l’Assemblée générale de l’ONU.

Nous avions exprimé notre préoccupation à propos de la menace grandissante que subissaient les juifs en France ; une menace dont j’avais été le témoin depuis mon perchoir genevois et suite à mes nombreuses discussions avec les représentants de la communauté juive française.

Sa réponse fut immédiate et lapidaire : « Il n’y pas d’antisémitisme en France. C’est un problème de vandalisme »

En effet, lui et ses successeurs sont restés sur cette même politique jusqu’à la nomination de Nicolas Sarkozy en tant que Ministre de l’Intérieur, qui pris le problème au sérieux, relayé ensuite par le Président Hollande et son Premier Ministre, Manuel Valls.

De temps en temps, on nous racontait, en France, que l’antisémitisme était, en réalité, le fruit d’une « violence intercommunautaire ». Cependant, le fait que les juifs étaient systématiquement et en grande majorité les victimes de ces attaques ne semblait pas choqués ces personnes qui se voulaient « les défenseurs d’une certaine  impartialité. »

Puis, on nous racontait également que cela était le résultat regrettable du conflit israélo-palestinien. Le fait que les juifs étaient la cible d’attaques pouvait en quelque sorte être contextualiser, il était donc « normal » que des juifs puissent être les otages d’un conflit présent sur un autre continent tant que la paix n’aboutirait pas.

Je pourrais encore relater des centaines d’autres réunions avec des responsables européens, sans parler des dizaines de tribunes dans la presse, des discours et des conférences où AJC a bataillé pour faire comprendre la réalité des choses.

Souvent, nous étions accueillis avec un certain degré de scepticisme et de doute. Prétendre le contraire et nier la situation semblait la faire disparaître comme par magie.

Heureusement, certains dirigeants européens, et je les remercie, sont devenus plus sensibles et préoccupés par la question. Malheureusement, un temps précieux avait été perdu et les racines de l’antisémitisme étaient de plus en plus profondes.

A refuser d’en parler pendant des années, l’antisémitisme avait grandement eu le temps de tisser sa toile.

Le travail de longue haleine de diabolisation d’Israël de certains médias irresponsables – Gaza : nouveau ghetto de Varsovie, Israël : nouvel assassin du Christ et des Palestiniens ; Israël : le pays qui collectait les organes des Palestiniens et dévorait leurs enfants – avait laissé des traces.

Les années passées à regarder dans la mauvaise direction, à minimiser les comportements haineux, à publier des discours sans mener des actions appropriées, en définitive, à sous-estimer le problème, ont eu un impact.

Lorsqu’un sondage de l’U.E. publié l’an dernier a révélé que 40 pour cent des Juifs de Belgique, de France et de Hongrie avaient considéré l’émigration et que plus de 20 pour cent des Juifs européens évitaient des événements juifs ou des sites par peur, la sonnette d’alarme doit être tirée et tout doit être mis en œuvre pour faire face à ce problème qui menace les valeurs européennes.

Lorsque des partis politiques néo-nazis, donc ouvertement antisémites, se sont installés dans les parlements nationaux et maintenant au Parlement européen lui-même, la sonnette d’alarme doit plus que jamais être tirée.

Lorsque des attaques meurtrières, que ce soit à Toulouse où trois enfants et un adulte juifs furent massacrés, au Musée Juif de Bruxelles où quatre personnes furent assassinés, samedi dernier ou à Créteil où ​​deux frères qui portaient des kippas furent battus quasiment à mort, la sonnette d’alarme a bien plus encore besoin d’être tirée.

Il est grand temps pour l’Europe de faire face à la dure réalité que l’antisémitisme est bien présent et que des mesures, enfin, concrètes sont nécessaires.

Améliorer les services de renseignement pour plus de sécurité, alourdir les condamnations pour une prise de conscience civique, responsabiliser les médias pour créer une solidarité publique, pointer du doigt l’antisémitisme lors de manifestations sportives et publiques, endiguer les discours de haine sur internet et les réseaux sociaux, tels sont les nombreux défis à affronter.

La menace vient d’une extrême droite ressuscitée par la colère populiste où crise économique et immigration incontrôlée sont les maîtres mots.

La menace vient d’une extrême gauche qui systématiquement refuse à Israël le droit d’exister et qui diabolise l’Etat juif dès qu’elle le peut.

Enfin, il vient d’une certaine partie de la communauté musulmane européenne où certains ont embrassé le virus mortel de l’antisémitisme nourri dans les mosquées, les « medersas » ou les médias.

Il y a toutefois une bonne nouvelle. Hormis la Hongrie où les doutes subsistent, aucun gouvernement européen ne tolère aujourd’hui l’antisémitisme et encore moins ne l’encourage. Quant aux communautés juives, elles sont déterminées à se tenir debout et rester fières d’être ce qu’elles sont : juives et européennes.

L’avenir de la communauté juive en dépend et peut-être celui de l’Europe aussi.