« Délit de faciès » par Gabriel Abensour

On l’a lu, partout, on l’a vu sur toutes les chaînes, les Juifs ultraorthodoxes, les “harédim”, ne respectent pas le confinement, ne respectent pas grand-chose, d’ailleurs, si ce n’est leurs maîtres. Et si les choses étaient bien plus complexes et nuancées ?

« UN PEUPLE « VIVANT » DONT TOUTE LA FORCE COLLECTIVE RÉSIDE DANS SA CAPACITÉ À GÉMIR ; À SE CACHER JUSQU’À CE QUE PASSE LA TEMPÊTE ; À SE DÉTOURNER DE SON FRÈRE MISÉRABLE ET À RÉCOLTER QUELQUES BROUTILLES EN CACHETTE ; À SE FROTTER AUX GENTILS POUR GAGNER SA VIE TOUT EN SE PLAIGNANT DE LEUR PERFIDIE – AUCUN DIEU NE VOUDRA RENDRE JUSTICE À UN TEL PEUPLE, CAR CELUI-CI N’EN EST PAS DIGNE. »
Yosef Hayim Brenner, Anthologie, Tel-Aviv, 1985, Tome IV, p. 1286

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« Soigner avec les yeux » par Delphine Horvilleur

Depuis des semaines, je relis le même épisode du Talmud. La légende est célèbre : c’est celle d’un homme qui vivait au deuxième siècle de notre ère en Galilée et avait pour nom Rabbi Shimon Bar-Yoh’ai. Accusé par les autorités romaines de trahison et menacé de mort, il se réfugia dans une grotte et y vécut avec son fils, douze années entières, sans aucun contact avec le monde extérieur. Immergés tous deux dans la Torah, de jour comme de nuit, ils sont le modèle talmudique du plus grand confinement.

Le texte affirme qu’après douze ans d’enfermement, tous deux se « déconfinèrent », pleins de sagesse et d’espoir. Mais au dehors, en constatant que le monde vaquait à ses occupations profanes et délaissait l’étude, tous deux furent pris de colère. Et celle-ci enflamma littéralement leur regard, devenu incandescent. Partout où leurs yeux se posaient, le monde prenait feu.

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