L’état de l’antisémitisme en Amérique en 2025 : une enquête de l’AJC auprès des Juifs américains
Plus de la moitié des Juifs américains continuent de modifier leur comportement par crainte de l’antisémitisme
L’antisémitisme en ligne atteint son plus haut niveau jamais enregistré par l’enquête de l’AJC
La majorité des Juifs américains craignent que l’IA ne propage l’antisémitisme et ne conduise à des incidents
Le rapport 2025 de l’American Jewish Committee sur l’état de l’antisémitisme en Amérique a révélé que la grande majorité (91 %) des Juifs américains se sentent moins en sécurité en tant que Juifs aux États-Unis, à la suite de l’incendie criminel perpétré pendant la Pâque juive contre la résidence du gouverneur de Pennsylvanie, des meurtres de Sarah Milgrim et Yaron Lischinsky devant le Capital Jewish Museum, à l’issue d’un événement organisé par l’AJC, et l’incendie criminel d’une manifestation à Boulder, dans le Colorado, en soutien aux otages détenus par le Hamas à Gaza.
« Les Américains doivent prendre conscience de la réalité vécue par leurs voisins juifs », a déclaré Ted Deutch, CEO de l’AJC. « À l’heure actuelle, aux États-Unis, lorsque les Juifs se réunissent, que ce soit à la synagogue ou lors d’un événement communautaire, c’est systématiquement derrière des détecteurs de métaux et sous la protection de gardes armés. Personne en Amérique ne devrait avoir à changer son comportement à cause de ses croyances, mais c’est ainsi que vivent la plupart des Juifs. Ce que nous demandons, c’est ce que tous les autres groupes minoritaires attendent en Amérique : la liberté d’être qui nous sommes sans craindre pour notre sécurité. »
Si l’incendie criminel en Pennsylvanie et les attentats meurtriers à Washington et dans le Colorado ont été parmi les exemples les plus violents d’antisémitisme au cours des 12 derniers mois, il ne s’agissait pas d’incidents isolés : 86 % des Juifs américains affirment que l’antisémitisme a augmenté au cours des deux années qui ont suivi les attentats terroristes du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Une grande partie de cet antisémitisme s’est manifesté en ligne, 73 % des Juifs américains ayant été confrontés à l’antisémitisme en ligne, soit par des propos ou des images, soit en étant personnellement visés. C’est la première fois que ce chiffre dépasse les sept sur dix dans l’histoire du rapport de l’AJC sur l’état de l’antisémitisme en Amérique. Face à la prolifération des chatbots IA génératifs tels que Grok, ChatGPT et Claude, 65 % des Juifs américains se disent très ou assez préoccupés par le fait que ces applications puissent propager l’antisémitisme.
La montée de l’antisémitisme a un impact profond sur la vie quotidienne des Juifs américains. Plus de la moitié (55 %) des Juifs américains déclarent avoir modifié leur comportement au cours de l’année écoulée par crainte de l’antisémitisme. Parmi les 31 % de Juifs américains qui déclarent avoir été victimes d’antisémitisme, en personne ou virtuellement, au cours de l’année écoulée, huit sur dix (80 %) ont modifié leur comportement. En outre, 17 % des Juifs américains déclarent avoir envisagé de quitter le pays en raison de l’antisémitisme au cours des cinq dernières années, contre 13 % en 2024.
Sûreté et sécurité
AJC a publié le premier rapport sur l’état de l’antisémitisme en Amérique en 2019, un an après la fusillade de Tree of Life en 2018, l’attaque antisémite la plus meurtrière de l’histoire de notre pays. En 2019, 42 % des Juifs américains déclaraient que la situation des Juifs aux États-Unis était moins sûre qu’un an auparavant. En 2025, les deux tiers des Juifs américains (66 %) interrogés déclarent que les Juifs aux États-Unis sont moins en sécurité qu’il y a un an.
Trente et un pour cent des Juifs américains déclarent avoir été victimes d’antisémitisme au moins une fois au cours de l’année écoulée, cette expérience étant plus préoccupante chez les jeunes Juifs américains âgés de 18 à 29 ans. Près de la moitié (47 %) des jeunes Juifs américains déclarent avoir été personnellement victimes d’antisémitisme au cours de l’année écoulée, contre 28 % pour les personnes âgées de 30 ans et plus.
- 27 % des jeunes Juifs américains déclarent avoir été la cible de remarques antisémites en personne, contre 20 % des 30 ans et plus ;
- 29 % déclarent avoir été la cible de remarques ou de messages antisémites en ligne ou sur les réseaux sociaux, contre 18 % des 30 ans et plus ;
- 11 % déclarent avoir été victimes de vandalisme antisémite ou de messages (tels que des tracts ou des brochures) laissés sur leurs biens personnels, contre 4 % chez les 30 ans et plus ;
- 7 % déclarent avoir été la cible d’une agression physique antisémite, contre 2 % chez les 30 ans et plus.
Vingt-huit pour cent des Juifs américains déclarent qu’au moins une des institutions juives auxquelles ils sont affiliés – telles que les synagogues, les écoles juives, les centres communautaires et les fédérations juives – a été la cible d’incidents antisémites au cours des cinq dernières années.
L’antisémitisme en ligne atteint des chiffres records : forte augmentation sur Facebook, Instagram et YouTube
L’année où les sites de réseaux sociaux ont modifié leur approche en matière de modération des contenus préjudiciables, le nombre de Juifs américains déclarant avoir vu ou entendu des propos antisémites en ligne, a augmenté. 71 % des Juifs américains ont déclaré avoir vu ou entendu des propos antisémites en ligne ou sur les réseaux sociaux au cours des 12 derniers mois, contre 67 % en 2024, et 19 % ont été personnellement visés par des propos ou des publications antisémites en ligne ou sur les réseaux sociaux. Le problème est encore plus répandu chez les Juifs de moins de 30 ans, 29 % d’entre eux ayant été la cible d’une remarque ou d’une publication sur les réseaux sociaux. Quarante-cinq pour cent de la population adulte américaine déclare avoir vu ou entendu des propos antisémites au cours des 12 derniers mois, et la grande majorité (74 %) de ce groupe affirme les avoir vus ou entendus en ligne ou sur les réseaux sociaux.
Au total, près des trois quarts (73 %) des Juifs américains ont été confrontés à l’antisémitisme en ligne, soit par le biais de propos ou de publications soit en étant personnellement visés. Ce groupe a signalé une augmentation notable des incidents sur Facebook, Instagram, YouTube et TikTok. Lorsqu’on leur a demandé où ils avaient été confrontés à des contenus antisémites en ligne :
- 54 % déclarent les avoir vus ou entendus sur Facebook, soit une augmentation de sept points par rapport aux 47 % enregistrés en 2024 ;
- 38 % ont déclaré en avoir vu ou entendu sur YouTube, soit une augmentation de 11 points par rapport aux 27 % enregistrés en 2024 ;
- 40 % ont déclaré en avoir vu ou entendu sur Instagram, soit une augmentation de 8 points par rapport aux 32 % enregistrés en 2024, et
- 23 % ont déclaré en avoir vu ou entendu sur TikTok, soit une augmentation de 5 points par rapport aux 18 % enregistrés en 2024.
Vingt-et-un pour cent des Juifs américains qui ont été victimes d’antisémitisme en ligne déclarent s’être sentis physiquement menacés par ces incidents.
La montée de l’antisémitisme change le mode de vie des Juifs
La grande majorité (93 %) des Juifs américains déclarent que l’antisémitisme est un problème aux États-Unis aujourd’hui, plus de la moitié (55 %) d’entre eux déclarant avoir modifié leur comportement par crainte de l’antisémitisme au cours de l’année écoulée, avec une augmentation significative par rapport aux niveaux enregistrés avant le 7 octobre 2023 :
- 41 % déclarent avoir évité de porter ou d’afficher publiquement des éléments susceptibles de les identifier comme juifs, soit une augmentation de 18 points par rapport aux 23 % enregistrés en 2022 ;
- 39 % déclarent avoir évité de publier en ligne des contenus qui pourraient les identifier comme juifs ou révéler leur opinion sur des questions juives, soit une augmentation de 12 points par rapport aux 27 % enregistrés en 2022 ; et
- 30 % déclarent avoir évité certains lieux, événements ou situations par souci de sécurité ou de confort en tant que personnes juives, soit une augmentation de 14 points par rapport aux 16 % enregistrés en 2022.
Pour les 31 % d’Américains juifs qui ont été personnellement victimes d’antisémitisme, l’impact a été encore plus important, huit sur dix (80 %) déclarant avoir modifié leur comportement par crainte de l’antisémitisme.
17% des Juifs américains déclarent avoir envisagé de quitter le pays en raison de l’antisémitisme au cours des cinq dernières années. Dans une autre enquête d’AJC, intitulée « AJC’s 2024 Survey of American Jewish Opinion» (Enquête 2024 de l’AJC sur l’opinion des Juifs américains) et publiée en juin 2024, une question différente, mais liée, a été posée aux adultes juifs : « Avez-vous envisagé de quitter les États-Unis en raison de l’antisémitisme pour vous installer dans un autre pays au cours des cinq années précédant le 7 octobre ? » À l’époque, seuls 6 % des personnes interrogées ont répondu par l’affirmative.
Près d’un Juif américain sur cinq (18 %) déclare s’être senti mal à l’aise ou en insécurité dans un groupe ou un contexte social au cours des 12 derniers mois, et un Juif américain sur quatre (25 %) affirme que des entreprises locales de sa région ont été la cible d’antisémitisme au cours de l’année écoulée.
L’antisémitisme sur les campus
Les étudiants juifs américains, y compris les étudiants actuels et ceux qui ont été étudiants au cours des deux dernières années, continuent d’exprimer leurs préoccupations concernant l’antisémitisme, environ quatre sur dix (42 %) déclarant avoir été victimes d’antisémitisme pendant leurs études. Il est important de noter que la grande majorité (80 %) des parents d’élèves juifs du secondaire déclarent que les signalements d’antisémitisme sur les campus sont au moins assez importants dans le choix de l’université où leurs enfants poursuivront leurs études.
En 2024, 35 % des étudiants juifs ont déclaré avoir été victimes d’antisémitisme pendant leurs études, et 68 % des parents d’élèves juifs du secondaire ont déclaré que les signalements d’antisémitisme avaient influencé leur décision quant au choix de l’université de leur enfant.
Un étudiant juif sur quatre (25 %) déclare s’être senti ou avoir été exclu d’un groupe ou d’un événement sur le campus parce qu’il est juif, et 24 % déclarent la même chose en raison de leur lien supposé ou réel avec Israël.
Les slogans de protestation et leur lien avec les incidents antisémites
La grande majorité des Juifs américains (88 %) déclarent que le fait de voir ou d’entendre « Globalize the Intifada » les ferait se sentir en insécurité en tant que Juifs aux États-Unis, à des degrés divers : « pas trop en insécurité » (19 %), « plutôt en insécurité » (42 %) ou « très en insécurité » (27 %). En comparaison, seuls 12 % des Juifs américains déclarent que cette phrase ne les ferait pas se sentir en insécurité.
73 % du grand public américain déclare avoir vu ou entendu l’expression « Free Palestine » au cours des 12 derniers mois, 32 % ont vu ou entendu « From the River to the Sea, Palestine will be free » et 13 % ont vu ou entendu « Globalize the Intifada ».
Les adultes américains qui ont déclaré avoir vu ou entendu chacune de ces phrases ont été interrogés sur leur connaissance du lien entre cette phrase spécifique et des incidents antisémites. Parmi ceux qui ont vu ou entendu chacune de ces expressions, 62 % ont vu ou entendu « Free Palestine » en lien avec des incidents antisémites, 68 % ont vu ou entendu « From the River to the Sea, Palestine Will Be Free » en lien avec des incidents antisémites, et 68 % ont vu ou entendu « Globalize the Intifada » en lien avec des incidents antisémites.
Le tireur qui a assassiné Sarah Milgrim et Yaron Lischinsky à Washington, D.C., aurait selon certaines informations crié « Free Palestine » pendant la fusillade. L’auteur présumé de l’attaque de Boulder, dans le Colorado, aurait également crié « Free Palestine » (Libérez la Palestine) en lançant un cocktail Molotov sur la foule rassemblée pour soutenir les otages détenus par le Hamas à Gaza, causant finalement la mort de Karen Diamond, âgée de 82 ans.
La majorité des Juifs américains s’inquiètent du potentiel de l’IA à propager l’antisémitisme
Selon un sondage AP-NORC réalisé en juillet 2025, « [60 %] des adultes déclarent avoir déjà utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour rechercher des informations ». Le rapport 2025 de l’AJC sur l’état de l’antisémitisme en Amérique a révélé que 65 % des Juifs américains se disent très ou assez préoccupés par le fait que les chatbots IA génératifs tels que Grok, ChatGPT ou Claude propagent l’antisémitisme, et 69 % se disent très ou assez préoccupés par le fait que les informations et les fausses informations partagées par les chatbots IA génératifs conduisent à des incidents antisémites.
Le rapport de l’AJC révèle également que près d’un adulte américain sur dix (9 %) a demandé des informations sur Israël à des chatbots IA générative au cours des 12 derniers mois.
Sensibilisation de la population générale américaine
En 2025, de plus en plus d’Américains prennent conscience u problème de l’antisémitisme. 45% des adultes américains ont déclaré avoir personnellement vu ou entendu des incidents antisémites, tels que des remarques négatives ou des contenus en ligne sur les Juifs, ou des agressions physiques contre des Juifs ou leurs lieux de culte au cours des 12 derniers mois, contre 39 % en 2024 et 2023.
Cependant, malgré cette prise de conscience accrue, il existe toujours un écart important entre les Juifs américains (93 %) et les adultes américains (70 %) qui pensent que l’antisémitisme est un problème aux États-Unis aujourd’hui. Cette disparité est encore plus grande chez les moins de 30 ans, 93 % des jeunes Juifs et 61 % des jeunes Américains pensant que l’antisémitisme est un problème.
Cette divergence existe également entre les Juifs américains (86 %) et les adultes américains (63 %) qui affirment que l’antisémitisme a augmenté aux États-Unis après les attentats terroristes du Hamas du 7 octobre 2023.
La reconnaissance de l’antisémitisme est plus élevée chez les adultes qui connaissent personnellement une personne juive. Cinquante-quatre pour cent des adultes américains qui connaissent un juif déclarent avoir personnellement vu ou entendu des incidents antisémites au cours des 12 derniers mois, contre seulement 32 % des adultes américains qui ne connaissent pas de juif.
Les adultes américains qui connaissent personnellement un juif sont également plus susceptibles d’avoir entendu le terme « antisémitisme » et d’en connaître la signification (81 % contre 51 %) et de déclarer que l’antisémitisme est un problème très grave ou assez grave aux États-Unis aujourd’hui (75 % contre 62 %).
Implications pour la politique et la démocratie américaines
Tout au long de l’ère moderne, les historiens et les spécialistes en sciences sociales ont identifié des schémas récurrents dans lesquels la montée de l’antisémitisme s’accompagne d’une polarisation et d’une division plus larges, ainsi que de menaces pour les normes démocratiques. En 2025, une majorité de Juifs américains (77 %) et d’adultes américains (64 %) déclarent avoir moins confiance dans le fonctionnement de la démocratie aux États-Unis qu’il y a cinq ans.
L’impact de l’antisémitisme ne se limite pas à la communauté juive. Le rapport AJC’s State of Antisemitism in America 2024 révèle que 90 % des adultes américains estiment que l’antisémitisme affecte la société dans son ensemble et que chacun a la responsabilité de le combattre.
« L’antisémitisme n’est jamais un problème isolé : c’est à la fois un signe avant-coureur et un catalyseur d’une dégradation plus profonde de la société », a déclaré Holly Huffnagle, Directrice de la politique contre l’antisémitisme de l’AJC. « Lorsque la haine envers les Juifs est laissée libre de se propager, elle sape la confiance sociale, légitime l’extrémisme et affaiblit les institutions démocratiques qui protègent tout le monde, rendant ainsi une réponse claire et déterminée de la part du gouvernement non seulement facultative, mais nécessaire. »
Bien que les États-Unis disposent actuellement d’un envoyé spécial chargé de surveiller et de lutter contre l’antisémitisme, ce bureau se concentre sur la situation mondiale et non nationale. L’AJC, organisation mondiale de défense du peuple juif, comprend depuis longtemps l’importance de ce rôle et a contribué et soutenu la loi bipartisane Global Antisemitism Review Act of 2004, qui a créé ce poste, ainsi que la loi Special Envoy to Monitor and Combat Antisemitism Act, qui a élevé ce rôle au rang d’ambassadeur et renforcé sa position au sein du département d’État américain.
AJC appelle une nouvelle fois à la création d’un poste dédié à la lutte contre l’antisémitisme aux États-Unis. Cette recommandation figurait parmi celles formulées par l’AJC dans son premier appel à l’action contre l’antisémitisme en Amérique et a également été incluse dans la stratégie nationale américaine de lutte contre l’antisémitisme. Soixante-six pour cent des Juifs américains estiment qu’il est au moins assez important que le gouvernement américain crée un poste dédié à la lutte contre l’antisémitisme aux États-Unis.
Les enquêtes auprès des Juifs américains et des adultes américains ont été menées pour le compte de l’American Jewish Committee, une organisation non partisane, par le cabinet d’études indépendant SSRS. L’enquête auprès des Juifs américains a recueilli des données auprès d’un échantillon représentatif à l’échelle nationale de 1 222 Juifs âgés de 18 ans ou plus, entre le 26 septembre et le 29 octobre 2025.
L’enquête auprès des adultes américains a recueilli des données auprès d’un échantillon représentatif à l’échelle nationale de 1 033 adultes de la population générale, âgés de 18 ans ou plus, entre le 3 et le 5 octobre 2025, via le SSRS Omnibus Opinion Panel. La marge d’erreur pour les répondants juifs est de +/-3,7 points de pourcentage et pour l’ensemble des répondants adultes américains, elle est de +/-3,4 points de pourcentage avec un niveau de confiance de 95 %. Deux questions de l’enquête juive ont été reposées après la période initiale de terrain. La marge d’erreur pour les questions reposées est de plus ou moins 4,2 points de pourcentage avec un niveau de confiance de 95 %.