Européens, adressons enfin le problème de l’islam politique

Depuis l’attaque terroriste de 2012 à Toulouse, où des terroristes islamistes ont assassiné trois écoliers et un enseignant juif, 264 personnes ont été tuées par des terroristes en France. Le meurtre barbare de Samuel Paty et l’assassinat de fidèles catholiques à Nice sont les derniers sinistres épisodes d’une guerre que les fanatiques ont imposé non seulement à la France mais plus largement à l’Europe et au monde occidental, comme l’ont montré le meurtre homophobe de Dresde et l’attentat de Vienne. 

Cependant, nous ne devons pas nous concentrer uniquement sur les auteurs de ces crimes, mais plutôt nous interroger sur l’environnement dans lequel le meurtrier de Samuel Paty a grandi. Comment un jeune d’à peine 18 ans peut-il être déjà à ce point violent et idéologue, au point de couper la tête d’un autre homme ? À cet égard, nous devons nous tourner vers les organisations de l’Islam politique, qui ne sont pas violentes elles-mêmes, mais qui créent le climat nécessaire à de tels meurtres. Cela vaut pour la France comme pour l’Allemagne. Comme le fait remarquer Bernard Rougier, un éminent universitaire français, dans un livre publié au début de cette année, de telles organisations ont déjà conquis des quartiers entiers en France. 

L’objectif de ces islamistes est de créer des « sociétés parallèles » dans les zones qu’ils contrôlent. Ils y sont déjà parvenus dans certains quartiers ou « banlieues » de France, où ils ont mis en place des structures qui empêchent presque tout contact entre les musulmans et leur environnement. Dans ces milieux, la haine de la démocratie, de l’Occident, des Juifs, des homosexuels et de tout ce qui ne correspond pas à la vision du monde des islamistes, peut s’épanouir. Ces dérives ont été découvertes et comprises beaucoup trop tard en France. Ce fut un terrain fertile pour la terreur. Aujourd’hui, cette réalité ne peut plus être ignorée. Ni en France, ni en Allemagne où des tendances similaires existent aujourd’hui. 

Trop souvent, les hommes politiques, les institutions, la société civile et d’autres acteurs font une différence entre un islam politique violent et un islam politique « pacifique ». Qu’Emmanuel Macron et Sebastian Kurz veuillent enfin mettre un terme à cette distinction et qu’ils aient appelé à lutter contre l’islam politique sous toutes ses formes, est particulièrement bienvenu. Nous espérons sincèrement que les acteurs concernés en Allemagne, suivront également cet exemple. Il ne faut plus accepter que des organisations comme l’Union turco-islamique pour les affaires religieuses (DITIB) et l’extrême droite ATIB, tous deux bras armés d’Erdogan ; le « Centre islamique de Hambourg » (IZH) qui représente le régime antisémite de Téhéran ou des groupes non identifiés comme les Frères musulmans, soient des partenaires de l’État pour le dialogue et la coopération officielle. Et pourquoi ce silence sur le fait que l’ATIB et l’IZH sont des membres du Conseil central des musulmans ? 

Ne devrait-il pas y avoir enfin des conséquences ? À juste titre, les partis démocratiques ne dialoguent pas avec des organisations ayant le moindre lien avec l’extrême droite classique. Pourquoi fait-on une exception pour les acteurs qui ont des visions du monde très similaires ? La lutte contre l’Islam politique est essentielle aussi et surtout parce que l’écrasante majorité des musulmans de France et d’Allemagne ne se sentent pas représentés par ces organisations de l’islam politique. L’État doit enfin se préoccuper de faire entendre cette majorité et de soutenir et renforcer les musulmans dans leur lutte contre les fanatiques. 

Par Simone Rodan-Benzaquen, directrice AJC Europe et Remko Leemhuis, directeur AJC Berlin.

Tribune initialement publiée dans le quotidien allemand Bild, traduction réalisée par nos soins.

AJC Paris est uni avec la France pour la défense de nos libertés et face aux boycotts

En réponse à la défense, par le président Emmanuel Macron, de la liberté de caricaturer le prophète Mahomet lors de l’hommage national au professeur Samuel Paty assassiné par un terroriste islamiste, le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé au boycott des produits français. 

M. Erdogan a ainsi mis en cause la « santé mentale » du président français, accusant ce dernier de « diriger une campagne de haine » à l’encontre des Musulmans, et a été jusqu’à comparer le traitement des Musulmans en Europe à celui des Juifs avant la Seconde Guerre mondiale. 

Et tandis que les appels au boycott de produits français se multiplient depuis quelques jours dans plusieurs pays du monde musulman, sur les réseaux sociaux et dans les entreprises, il nous semble plus que jamais essentiel de rappeler que la défense de nos valeurs démocratiques n’est pas négociable. Nos libertés, à commencer par la liberté d’expression, protègent tous les citoyens, ce sont elles qui ont été au cours des dernières années entravées et menacées. Ce sont leurs symboles et leurs défenseurs qui ont été les victimes de l’islamisme le plus barbare, en France et ailleurs en Europe et dans le monde.

« Nous souhaitons exprimer notre profond soutien au gouvernement français, qui fait courageusement face aux manipulations des islamistes, à des menaces et des attaques de plus en plus pressantes à l’intérieur de notre pays et venant de l’extérieur. Le boycott ne nous fera en aucun cas renoncer à nos valeurs les plus essentielles. Le combat contre le terrorisme islamiste est une priorité nationale et un combat global que la France doit mener avec la même fermeté sur tous les fronts. Pour ce faire, la France a besoin, plus que jamais, de soutien et d’unité. #WeareOne #WestandwithFrance» a ainsi affirmé Anne-Sophie Sebban-Bécache, directrice AJC Paris. 

Ajc est horrifié par l’acte barbare d’un terroriste islamiste dont le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty a été victime, pour avoir défendu la liberté d’expression

Vendredi dernier, un professeur d’histoire-géographie, Samuel Paty, a été assassiné et décapité par un terroriste islamiste à la sortie de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine, après avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. 

L’auteur des faits aurait crié « Allah Akbar » et aurait revendiqué son acte sur Twitter. 

Le nom de ce professeur vient s’ajouter à la liste tristement longue des victimes du terrorisme islamiste en France ces dernières années. 

« Nous sommes profondément choqués et attristés par cet acte odieux et souhaitons rendre hommage au professeur qui en a été la victime et à tous les professeurs de France qui transmettent les valeurs de la République avec bienveillance et courage, face à des élèves parfois réticents. Ils sont en première ligne face à l’obscurantisme. Samuel Paty l’a payé de sa vie. Nos pensées vont avant tout avec sa famille et ses proches » ont déclaré Simone Rodan-Benzaquen, directrice générale d’AJC Europe et Anne-Sophie Sebban Bécache, directrice d’AJC à Paris. 

Nous louons le fait qu’un hommage national soit rendu au professeur, mais cela est loin d’être suffisant. Tandis que le procès des attentats de 2015 est en cours, force est de constater que la liberté d’expression et le droit au blasphème ne sont toujours pas assimilés par l’ensemble de la société. A l’époque, avec de nombreuses associations partenaires, nous avions lancé un Sursaut, un appel à la mobilisation de toutes les forces démocratiques. Depuis près de vingt ans nous comptons parmi les lanceurs d’alertes, soutenant les professeurs, experts, intellectuels, associations qui depuis de trop nombreuses années pointent le combat majeur qui se joue à l’école. Peu de changements significatifs ont eu lieu.

Les terroristes islamistes ont franchi un pas de plus dans l’atrocité. La décapitation de Samuel Paty est insoutenable. La réponse doit être massive. Il est essentiel que les caricatures en question soient intégrées aux livres d’histoire, que des débats et discussions autour de la laïcité et la liberté d’expression soient organisés de manière régulière et intégrés officiellement au programme scolaire.  

Cela suffit. Il est temps également de désigner et condamner tous les idiots utiles de l’idéologie islamiste qui ont nourrit depuis plus de vingt ans aussi les divisions et la défiance vis à vis des valeurs qui fondent la république et la cohésion de notre nation. 

Aujourd’hui, nous appelons tous les Français à se lever et à s’unir face à l’horreur, en rejoignant les différents rassemblements organisés dans le pays en hommage à Samuel Paty et au nom de la liberté d’expression. 

Antisémitisme : Des mots à l’action

C’est un fait dramatique dans la France de 2019 : l’antisémitisme est en voie de banalisation.
Chaque jour, on découvre une nouvelle ignominie : la hausse de 74% des actes antisémites recensés, la façade d’un restaurant Bagelstein recouverte du mot Juden, les deux arbres plantés en hommage à Ilan Halimi coupés, des portraits de Simone Veil recouverts de croix gammées, Alain Finkielkraut insulté dans la rue, un cimetière profané, des adolescents qui ouvrent le feu devant une synagogue…

14 partis politiques ont appelé, ce mardi, à manifester contre l’antisémitisme. C’est une initiative qu’il faut soutenir et il est important qu’elle émane non pas de la seule communauté juive mais de mouvements politiques républicains.

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Un an après le 13 novembre : Le souvenir et l’action

Il y a un an, la France était frappée au cœur de sa capitale. 130 vies décimées par la barbarie islamiste terroriste. 130 innocents fauchés simplement parce qu’ils voulaient assister à un concert, un match de football, boire un verre entre amis, discuter, danser, s’aimer, bref vivre libres. Nous ne les oublions pas, nous ne pouvons pas les oublier. Nous avons encore en tête les visages jeunes et souriants des victimes s’affichant sur les réseaux sociaux, les témoignages des survivants, les larmes de leurs proches. Hélas, d’autres visages se sont affichés depuis sur nos écrans, d’autres actes de terreurs planifiés pour semer la mort et l’effroi ont été commis. On pense, bien sûr au prêtre Jacques Hamel, à ceux qui sont tombés le 14 juillet à Nice mais aussi ceux qui ont perdu la vie à Bruxelles ou à Orlando. 

Depuis les terribles attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, notre pays est en guerre contre la folie génocidaire de Daesh. Depuis le 13 novembre, alors que les terroristes avaient auparavant délibérément choisi de cibler les Juifs, les apostats, les forces de l’ordre, les dessinateurs ayant représenté Mahomet, chacun sait aujourd’hui qu’il peut être visé. Car l’objectif de Daesh est bien de tuer ce que nous sommes, nous plonger dans la terreur et anéantir nos démocraties, nos libertés, nos droits, nos modes de vie.

Et pourtant que s’est il passé depuis un an ? Sommes-nous sortis du déni qui entoure l’ampleur du danger islamiste dans notre pays ?

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Le Sursaut : une première édition réussie grâce à vous !

le sursaut photoLundi s’est tenu au Théâtre Déjazet situé aux alentours de la Place de la République à Paris , Le Sursaut, une journée d’échanges et de débats à l’initiative d’AJC Europe, de la Fondation Jean Jaurès, de la Fondation pour l’innovation politique, de l’Association Française des victimes du terrorisme, Le Lab’Afev et le Wilfried Martens Centre for European Studies en partenariat avec Le Huffington Post, Le Figaro et avec le soutien de Facebook et Orange.
De nombreuses personnalités politiques, intellectuelles et artistiques étaient présentes comme le Premier Ministre Manuel Valls, le Député de l’Eure Bruno Le Maire, l’ancien Premier Ministre italien Enrico Letta, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, le professeur des universités Gilles Kepel ou encore le comédien François Berléand.

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Les démocraties face à leurs ennemis : l’islamisme et la récupération populiste en Europe

le-sursaut-2_fondblanc_500x500Rendez-vous lundi 4 avril 2016 au Théâtre Déjazet à Paris !

L’islamisme est à l’islam ce que le populisme est au peuple : deux formes de mensonge et de manipulation qui constituent de différente manière et à différents degrés de redoutables menaces pour nous tous. Le temps est venu de les affronter et de ne plus céder une once de terrain de notre idéal démocratique. Nous avons pleuré ensemble les victimes des derniers attentats. De nouveau nous pleurons aujourd’hui celles de Bruxelles, comme toujours frappées par la lâcheté et la barbarie. Il nous appartient aujourd’hui de défendre et d’affirmer les fondements du progrès humain, que seuls peuvent accomplir le pluralisme des idées, l’égalité entre les individus et la liberté d’expression. Nous voulons dire notre indéfectible attachement à ces valeurs et notre volonté farouche de les transmettre aux générations futures. Elles sont les conditions d’une Europe démocratique et prospère et notre seul rempart contre l’obscurantisme.

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AJC dénonce l’appel de Donald Trump visant à interdire l’accès des Etats-Unis aux Musulmans

le-candidat-aux-primaires-republicaines-pour-la-maison-blanche-donald-trump-a-washington-le-9-septembre-2015_5418003AJC condamne le plus fermement possible les derniers commentaires offensants et incendiaires du candidat républicain Donald Trump, qui a suggéré hier que tous les Musulmans devraient se voir interdire l’entrée aux Etats-Unis.

« En tant qu’Américains qui venons de respecter les fêtes de Thanksgiving, en souvenir des pèlerins ayant fui la persécution religieuse en Europe et venus s’installer sur le sol américain, nous trouvons cette proposition odieuse et injustifiable. » a déclaré Jason Isaacson, directeur des relations internationales d’AJC. « De même, en tant que Juifs observant actuellement Hanoucca, fête qui célèbre le droit d’une petite minorité religieuse à vivre en paix, nous sommes profondément préoccupés par le racisme inhérent aux propos du candidat. Nul besoin de remonter jusqu’à l’histoire de Hanoucca pour observer les résultats terribles de la persécution religieuse ; ce genre de stéréotypes mène inévitablement à des actions désastreuses. »

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L’Autriche bannit le financement étranger de l’Islam

Mosquée AutricheCe mercredi 25 février, le Parlement autrichien a adopté une nouvelle législation qui vise à promouvoir ce que Sebastian Kurz, ministre de l’Intégration, des Affaires européennes et internationales, appelle « un islam à caractère européen ». Visant à contenir les dérives radicales, la loi interdit le financement des organisations Lire la suite

Antisémitisme et fondamentalisme islamiste: la responsabilité de nos «responsables» politiques

17 morts, 66 millions de blessés ou plus, plus de 3,7 millions et demi de Français dans la rue, 7 millions d’exemplaires de Charlie Hebdo édités, de nombreuses initiatives prises dont une centaine de procédures pénales ouvertes pour apologie du terrorisme. A l’heure de ce premier bilan, parce que je revois un peuple français endeuillé et solidaire, parce que je revois la réaffirmation des valeurs de la République par des millions de Français de toute origine et religion, parce que le Président François Hollande a fait de la lutte contre le racisme et Lire la suite

AJC déplore les attaques mortelles au Danemark

15 février 2015 – New York – David Harris, le Directeur exécutif de AJC, a qualifié les attaques à Copenhague, notamment celle de la synagogue, comme étant des « actes de terreur ignobles et déplorables », qui représentent une nouvelle «prise de conscience pour les dirigeants européens des menaces imminentes qui pèsent sur nos sociétés démocratiques et sur les valeurs qu’ils incarnent ».

Dan Uzan, un garde de sécurité juif de la principale synagogue de Copenhague, située rue Krystalgade, a été tué et deux policiers danois ont été blessés par Lire la suite

Montée de l’antisémitisme : une menace pour toutes les religions et les sociétés libres

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Dans un essai publié dans The Wall Street Journal, Jonathan Sacks, Grand Rabbin émérite des congrégations juives du Commonwealth britannique, décrit une nouvelle forme d’antisémitisme en Europe qui menace, selon lui, nos valeurs démocratiques. 

Cette année, les Juifs d’Europe ont célébré les fêtes de Yom Kippour – jour le plus saint du calendrier hébraïque – dans une atmosphère d’inquiétude générale, telle que je n’en avais jamais constaté auparavant. L’antisémitisme fait son grand retour en Europe, alors même que la mémoire de l’Holocauste est encore brûlante. « Plus jamais ça » s’est transformé en «toujours et encore ça ».

En France, des fidèles se sont retrouvés coincés dans une synagogue encerclée par une foule menaçante, qui prétextait ainsi protester contre la politique israélienne. A Bruxelles, quatre personnes ont été exécutées devant le Musée Juif de Belgique et une synagogue a été incendiée.

A Londres, un grand supermarché a décidé de retirer la nourriture casher de ses étalages, souhaitant « éviter les représailles des partisans du boycott de produits israéliens ». Toujours à Londres, un théâtre a refusé d’accueillir un festival de films juifs car l’événement avait reçu au préalable une subvention – minime – de l’ambassade d’Israël.

Au cours de l’été, j’ai entendu plus d’une fois des Juifs britanniques bien intégrés dire « pour la première fois de ma vie, j’ai peur ».

Il y a vingt ans de cela, dans le cadre du lancement d’un programme visant à renforcer la continuité de la religion juive à travers les générations, j’ai publié un ouvrage intitulé « Aurons-nous des petits-enfants juifs ? » Aujourd’hui, les Juifs commencent à se demander «  Aurons-nous des petits-enfants anglais ? »

Et les Juifs s’en vont. Une enquête publiée l’année dernière par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne montrait que près d’un tiers des Juifs d’Europe envisageait d’émigrer du fait de l’antisémitisme, avec un pourcentage particulièrement élevé pour la France (46%) ou pour la Hongrie (48%). Beaucoup de Juifs en viennent peu à peu à se demander s’ils ont un avenir en Europe.

Il ne faut toutefois pas exagérer la situation. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas l’Allemagne des années 1930. La haine des Juifs n’est pas incitée ni même tolérée par les gouvernements européens. De nombreux dirigeants politiques, parmi lesquels la chancelière allemande Angela Merkel ou le Premier ministre britannique David Cameron, ont dénoncé ouvertement l’antisémitisme qui a sévi ces derniers temps.

Il ne faut pas non plus donner un quelconque crédit aux nombreux préjugés que l’on peut souvent entendre de la bouche des Britanniques. La Grande-Bretagne enregistre un sentiment d’antisémitisme moins fort qu’aux Etats-Unis. Mais ce qui se passe reste tout de même considérable. Historiquement, comme le souligne Michael Gove, député conservateur britannique, l’antisémitisme constitue un signal d’alerte indiquant que la société toute entière est en danger. C’est pourquoi le nouvel antisémitisme doit être compris – et pas seulement par les Juifs.

L’antisémitisme n’a toujours qu’indirectement concerné les Juifs. Ils en ont été les victimes, mais pas la cause. La politique de haine qui commence avec les Juifs ne s’achève jamais avec les Juifs. Sous Hitler comme sous Staline, les Juifs n’ont pas été les seuls à souffrir. Et aujourd’hui encore, les Juifs ne sont pas les seuls à souffrir des violences perpétrées par les islamistes radicaux du Hamas, du Hezbollah, d’al-Qaïda, de Boko Haram, de l’Etat Islamique et de tous leurs autres compagnons de fortune (la liste est longue).

L’assaut lancé sur Israël et sur les Juifs du monde entier s’insère dans un schéma plus vaste, incluant notamment les attaques contre les Chrétiens et autres minorités religieuses du Moyen-Orient, d’Afrique sub-saharienne et de certaines régions d’Asie – l’équivalent religieux d’une campagne de nettoyage ethnique. En fin de compte, cette campagne équivaut à une attaque contre les libertés démocratiques occidentales dans leur ensemble. Si on ne la stoppe pas immédiatement, c’est l’Europe elle-même qui se verra régresser à l’âge des ténèbres.

Une partie de ce que l’on voit en Europe correspond à l’ancien antisémitisme; celui d’extrême-droite et de la gauche radicale, qui n’a jamais véritablement disparu et qui s’est simplement assoupi durant toutes les années où les attaques contre les Juifs étaient considérées comme inacceptables dans une société policée. A présent, ce tabou est bel et bien détruit.

Mais l’assaut sur les Juifs trouve un nouveau leitmotiv. L’antisémitisme d’aujourd’hui diffère de l’ancien de 3 façons: 

Le prétexte de l’antisémitisme a été modifié

Au Moyen-Age, les Juifs étaient haïs pour leur religion. Au 19ème puis 20ème siècle, ils ont été détestés pour leur race. Aujourd’hui, c’est pour leur Etat-nation qu’ils sont diffamés. Israël, vieux de 66 ans désormais, est encore le seul pays – parmi les 193 de l’ONU – dont le droit à l’existence est régulièrement contesté voire refusé sous certains aspects.

Cela ne signifie pas que toute critique d’Israël s’assimile à de l’antisémitisme. Ce n’est manifestement pas le cas. Le pays est lui-même l’un des plus autocritiques au monde, et les critiques de ses politiques représentent une perspective légitime du débat démocratique. Mais les partisans du Hamas ne sont pas intéressés par cette politique ; pas plus qu’ils ne le sont par les frontières et les polémiques qui en découlent. Ils se sont engagés à la destruction et à l’élimination complète de l’Etat juif, ce dont ils ont fait un principe, qu’ils énoncent clairement dans leur charte.

Il existe 102 Pays dans le monde où les Chrétiens sont majoritaires et 56 où ce sont les musulmans qui sont en plus grand nombre. Mais un seul Etat juif, et cela semble déjà trop.

De plus, les cibles de la terreur en Europe sont, bien souvent, des lieux de vie juive ordinaire – synagogues, écoles juives et musées – plutôt que des bureaux du gouvernement israélien.

Son épicentre a été déplacé

Les Juifs ont souvent été attaqués du fait qu’ils étaient l’archétype de l’ « autre ». Durant 1000 ans, ils représentaient la présence non-chrétienne la plus importante en Europe. Aujourd’hui, ils constituent la présence non-musulmane la plus remarquable au Moyen-Orient. Mais l’antisémitisme qui sévit au Moyen-Orient n’est pas propre à l’Islam.

Au 19ème siècle, les Coptes et les Chrétiens maronites ont introduit l’idée de diffamation de sang – la calomnie selon laquelle les Juifs utiliseraient le sang des Gentils pour leurs rituels religieux – en Egypte et en Syrie. L’Allemagne nazie, par l’intermédiaire de son allié le grand Mufti de Jérusalem, a ajouté à ce mélange peu ragoutant la conspiration notoire des Protocoles des Sages de Sion.

Ces deux mythes ont pénétré l’Islam de l’extérieur. Et les radicaux islamistes les ont désormais réexpédiés en Europe. A chaque fois que vous entendez des phrases comme « les Juifs contrôlent les médias » ou encore « Israël vise les enfants palestiniens », il s’agit d’une référence aux Protocoles des Sages de Sion et aux rituels sanguinaires.

La légitimation de l’antisémitisme a changé

La haine, lorsqu’elle relève du domaine public, est singulièrement difficile à justifier, ce qui explique pourquoi les antisémites ont toujours cherché une justification de la plus haute source d’autorité qui soit. Au Moyen-Âge, il s’agissait de la religion.

Au 19ème siècle, il était plutôt question des sciences. L’antisémitisme allemand était basé sur la soi-disant « étude scientifique de la race » et le darwinisme social : la doctrine selon laquelle dans l’histoire de l’humanité, comme dans la nature, les plus forts survivent en éliminant les plus faibles.

Dans l’ère qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, cette autorité a pris la forme des Droits de l’Homme. C’est pourquoi, en toute logique, la nouvelle vague d’antisémitisme a été lancée lors de la Conférence de l’ONU contre le racisme à Durban en 2001. Israël a été accusé de 5 péchés capitaux contre les droits de l’Homme : le racisme, l’apartheid, les crimes contre l’humanité, le nettoyage ethnique et la tentative de génocide.

Les Droits de l’Homme sont évidemment importants, et ce quels qu’en soient les victimes ou les auteurs. C’est la disproportion des accusations contre Israël qui a amené les Juifs à se demander si la préoccupation humanitaire était vraiment la motivation principale dans un cas pareil. Plus de la moitié de toutes les résolutions adoptées par le Conseil des droits de l’ONU depuis sa création en 2006 concernant la critique d’un pays en particulier, a été directement dirigée contre Israël. L’année dernière, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté 21 résolutions allant à l’encontre d’Israël, selon UN Watch, et seules 4 résolutions ont été prises pour protester contre les actions du reste du monde.

Historiquement, l’antisémitisme a toujours reflété une certaine incapacité à faire de la place aux différences entre les gens, ce qui est le fondement essentiel d’une société libre. C’est pourquoi la politique de la haine s’attaque maintenant aux Chrétiens, aux Bahaïs, aux Yézidis mais aussi aux musulmans du mauvais côté de la fracture entre sunnites et chiites, ainsi qu’à des Juifs.

Pour le combattre, nous devrons nous tenir la main, tous ensemble, que vous ayez une croyance quelconque ou que vous n’en ayez pas. L’avenir de la liberté est en jeu, et ce sera la bataille déterminante de ce 21ème siècle.