AJC s’inquiète de la montée alarmante des actes antisémites pour l’année 2018

Annoncés ce matin par le Premier Ministre, les premiers chiffres de l’antisémitisme en France pour l’année 2018 sont effrayants : quatre-vingts ans après la nuit de cristal, le nombre d’actes antisémites a augmenté de 69% sur les neufs premiers mois de cette année.

C’est la première fois depuis 2015 qu’il faut déplorer une hausse aussi importante. Il faut néanmoins rappeler que les actes antisémites n’avaient pas véritablement reculé entre 2015 et 2018 : une légère baisse avait été observée en 2017 mais le nombre d’actes antisémites avait atteint un niveau historiquement haut au cours des deux années précédentes. Surtout, la violence des actes antisémites n’a quant à elle cessé d’augmenter sur cette même période. En mars 2018, le meurtre antisémite de Mireille Knoll en a malheureusement été la manifestation la plus terrible.

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AJC critique l’adoption par la Knesset de la loi sur l’Etat-nation

18 Juillet, 2018 – New York – AJC est profondément déçu que la Knesset israélienne, avec le soutien actif du Premier Ministre Netanyahou, ait adopté aujourd’hui la controversée loi sur l’Etat-nation. La mesure a recueilli le vote des 120 membres de la Knesset, par 62 voix contre 55 et deux abstentions. Elle va devenir la 15ème loi fondamentale d’Israël.

Le fait qu’Israël soit l’Etat juif et que ses principaux symboles, tels le drapeau et l’hymne national, soient distinctement juifs, sont des faits bien établis – ce qui, selon nous, en tant qu’amis indéfectibles d’Israël, rend ce genre de loi non nécessaire.

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Les élections législatives allemandes et la crise des démocraties européennes

Les résultats des élections législatives allemandes assurent pratiquement la chancelière allemande Angela Merkel de rempiler pour un quatrième mandat, ce qui constituerait un record en matière de longévité. Mais ces élections auront également eu pour effet de permettre à un parti ultra-nationaliste de siéger au Parlement pour la première fois depuis les années 1960, mettant fin au consensus allemand excluant la politique d’extrême-droite au Parlement. Ceci est une nouvelle illustration de la crise de la social-démocratie en Europe.

L’AfD a recueilli plus de 12% des voix après avoir mené une campagne électorale raciste, antimusulmans et anti-réfugiés, et malgré les fortes critiques des leaders politiques, de la société civile et des médias. L’AfD est désormais le deuxième plus grand parti dans les cinq états de l’Allemagne de l’Est, avec quasiment un vote sur deux dans quelques-uns des districts de ces états.

Ce phénomène a dominé une campagne électorale par ailleurs insipide, renouant avec des ressentiments et des peurs provoqués par l’afflux de plus d’un million de réfugiés, issus principalement du Moyen-Orient, entre 2015 et 2016.

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AJC condamne fermement l’attaque ayant visé une mosquée canadienne

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30 janvier 2016 – New York – AJC est consterné par l’attentat perpétré contre une mosquée au Canada. Six personnes ont été tuées et huit blessées lors de la prière du soir au Centre culturel islamique du Québec. Deux suspects ont été arrêtés.

« Ce n’est pas seulement la mosquée qui a été attaquée, c’est tout le Canada qui l’a été. C’est une attaque à l’encontre d’une société démocratique fondée sur le pluralisme religieux, qui fait aujourd’hui face à des menaces contre ses populations musulmanes. » a déclaré Robert Silverman, directeur des relations entre juifs et musulmans.

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Un an après le 13 novembre : Le souvenir et l’action

Il y a un an, la France était frappée au cœur de sa capitale. 130 vies décimées par la barbarie islamiste terroriste. 130 innocents fauchés simplement parce qu’ils voulaient assister à un concert, un match de football, boire un verre entre amis, discuter, danser, s’aimer, bref vivre libres. Nous ne les oublions pas, nous ne pouvons pas les oublier. Nous avons encore en tête les visages jeunes et souriants des victimes s’affichant sur les réseaux sociaux, les témoignages des survivants, les larmes de leurs proches. Hélas, d’autres visages se sont affichés depuis sur nos écrans, d’autres actes de terreurs planifiés pour semer la mort et l’effroi ont été commis. On pense, bien sûr au prêtre Jacques Hamel, à ceux qui sont tombés le 14 juillet à Nice mais aussi ceux qui ont perdu la vie à Bruxelles ou à Orlando. 

Depuis les terribles attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, notre pays est en guerre contre la folie génocidaire de Daesh. Depuis le 13 novembre, alors que les terroristes avaient auparavant délibérément choisi de cibler les Juifs, les apostats, les forces de l’ordre, les dessinateurs ayant représenté Mahomet, chacun sait aujourd’hui qu’il peut être visé. Car l’objectif de Daesh est bien de tuer ce que nous sommes, nous plonger dans la terreur et anéantir nos démocraties, nos libertés, nos droits, nos modes de vie.

Et pourtant que s’est il passé depuis un an ? Sommes-nous sortis du déni qui entoure l’ampleur du danger islamiste dans notre pays ?

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AJC félicite le président élu Donald Trump, demande des mesures rapides pour unir la nation et rassurer les alliés

drapeau-usa-90-x-150-cm9 novembre 2016 – New York – AJC félicite Donald Trump pour son élection au poste de président des États-Unis.

« La démocratie américaine a pris la parole après une campagne longue et exaltée» a déclaré David Harris, le directeur exécutif d’AJC. « Nous souhaitons bonne chance au président élu qui se prépare à occuper la plus haute position dans le pays et la position politique la plus puissante de la planète. Nous adressons aussi nos meilleurs vœux à la secrétaire d’État Hillary Clinton pour ses nombreuses années d’éminents services publics à notre nation, pour la campagne vigoureuse qu’elle a menée ainsi que pour son amitié à AJC ».

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Notre campagne « Les Maires unis contre l’antisémitisme » dans le Wall Street Journal !

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6 juin 2016 – Washington, D.C – La liste des 508 maires américains et européens ayant adhéré à la campagne des « Maires Unis contre l’antisémitisme » a été publiée sur deux pages dans le Wall Street Journal ce jour.
« Bravo aux responsables locaux de ces petites et grandes villes aux Etats-Unis et en Europe pour leur courage, leur conviction et leur engagement » a déclaré à David Harris, Directeur exécutif de l’AJC qui a adressé ses félicitations aux 189 maires européens venant de 31 pays, dont 26 des 28 pays membres de l’Union européenne, et aux 319 maires de tous les Etats américains. Cette initiative est d’ores et déjà considérée comme la campagne transatlantique contre l’antisémitisme la plus importante à ce jour.

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Le Sursaut : une première édition réussie grâce à vous !

le sursaut photoLundi s’est tenu au Théâtre Déjazet situé aux alentours de la Place de la République à Paris , Le Sursaut, une journée d’échanges et de débats à l’initiative d’AJC Europe, de la Fondation Jean Jaurès, de la Fondation pour l’innovation politique, de l’Association Française des victimes du terrorisme, Le Lab’Afev et le Wilfried Martens Centre for European Studies en partenariat avec Le Huffington Post, Le Figaro et avec le soutien de Facebook et Orange.
De nombreuses personnalités politiques, intellectuelles et artistiques étaient présentes comme le Premier Ministre Manuel Valls, le Député de l’Eure Bruno Le Maire, l’ancien Premier Ministre italien Enrico Letta, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, le professeur des universités Gilles Kepel ou encore le comédien François Berléand.

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Montée de l’antisémitisme : une menace pour toutes les religions et les sociétés libres

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Dans un essai publié dans The Wall Street Journal, Jonathan Sacks, Grand Rabbin émérite des congrégations juives du Commonwealth britannique, décrit une nouvelle forme d’antisémitisme en Europe qui menace, selon lui, nos valeurs démocratiques. 

Cette année, les Juifs d’Europe ont célébré les fêtes de Yom Kippour – jour le plus saint du calendrier hébraïque – dans une atmosphère d’inquiétude générale, telle que je n’en avais jamais constaté auparavant. L’antisémitisme fait son grand retour en Europe, alors même que la mémoire de l’Holocauste est encore brûlante. « Plus jamais ça » s’est transformé en «toujours et encore ça ».

En France, des fidèles se sont retrouvés coincés dans une synagogue encerclée par une foule menaçante, qui prétextait ainsi protester contre la politique israélienne. A Bruxelles, quatre personnes ont été exécutées devant le Musée Juif de Belgique et une synagogue a été incendiée.

A Londres, un grand supermarché a décidé de retirer la nourriture casher de ses étalages, souhaitant « éviter les représailles des partisans du boycott de produits israéliens ». Toujours à Londres, un théâtre a refusé d’accueillir un festival de films juifs car l’événement avait reçu au préalable une subvention – minime – de l’ambassade d’Israël.

Au cours de l’été, j’ai entendu plus d’une fois des Juifs britanniques bien intégrés dire « pour la première fois de ma vie, j’ai peur ».

Il y a vingt ans de cela, dans le cadre du lancement d’un programme visant à renforcer la continuité de la religion juive à travers les générations, j’ai publié un ouvrage intitulé « Aurons-nous des petits-enfants juifs ? » Aujourd’hui, les Juifs commencent à se demander «  Aurons-nous des petits-enfants anglais ? »

Et les Juifs s’en vont. Une enquête publiée l’année dernière par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne montrait que près d’un tiers des Juifs d’Europe envisageait d’émigrer du fait de l’antisémitisme, avec un pourcentage particulièrement élevé pour la France (46%) ou pour la Hongrie (48%). Beaucoup de Juifs en viennent peu à peu à se demander s’ils ont un avenir en Europe.

Il ne faut toutefois pas exagérer la situation. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas l’Allemagne des années 1930. La haine des Juifs n’est pas incitée ni même tolérée par les gouvernements européens. De nombreux dirigeants politiques, parmi lesquels la chancelière allemande Angela Merkel ou le Premier ministre britannique David Cameron, ont dénoncé ouvertement l’antisémitisme qui a sévi ces derniers temps.

Il ne faut pas non plus donner un quelconque crédit aux nombreux préjugés que l’on peut souvent entendre de la bouche des Britanniques. La Grande-Bretagne enregistre un sentiment d’antisémitisme moins fort qu’aux Etats-Unis. Mais ce qui se passe reste tout de même considérable. Historiquement, comme le souligne Michael Gove, député conservateur britannique, l’antisémitisme constitue un signal d’alerte indiquant que la société toute entière est en danger. C’est pourquoi le nouvel antisémitisme doit être compris – et pas seulement par les Juifs.

L’antisémitisme n’a toujours qu’indirectement concerné les Juifs. Ils en ont été les victimes, mais pas la cause. La politique de haine qui commence avec les Juifs ne s’achève jamais avec les Juifs. Sous Hitler comme sous Staline, les Juifs n’ont pas été les seuls à souffrir. Et aujourd’hui encore, les Juifs ne sont pas les seuls à souffrir des violences perpétrées par les islamistes radicaux du Hamas, du Hezbollah, d’al-Qaïda, de Boko Haram, de l’Etat Islamique et de tous leurs autres compagnons de fortune (la liste est longue).

L’assaut lancé sur Israël et sur les Juifs du monde entier s’insère dans un schéma plus vaste, incluant notamment les attaques contre les Chrétiens et autres minorités religieuses du Moyen-Orient, d’Afrique sub-saharienne et de certaines régions d’Asie – l’équivalent religieux d’une campagne de nettoyage ethnique. En fin de compte, cette campagne équivaut à une attaque contre les libertés démocratiques occidentales dans leur ensemble. Si on ne la stoppe pas immédiatement, c’est l’Europe elle-même qui se verra régresser à l’âge des ténèbres.

Une partie de ce que l’on voit en Europe correspond à l’ancien antisémitisme; celui d’extrême-droite et de la gauche radicale, qui n’a jamais véritablement disparu et qui s’est simplement assoupi durant toutes les années où les attaques contre les Juifs étaient considérées comme inacceptables dans une société policée. A présent, ce tabou est bel et bien détruit.

Mais l’assaut sur les Juifs trouve un nouveau leitmotiv. L’antisémitisme d’aujourd’hui diffère de l’ancien de 3 façons: 

Le prétexte de l’antisémitisme a été modifié

Au Moyen-Age, les Juifs étaient haïs pour leur religion. Au 19ème puis 20ème siècle, ils ont été détestés pour leur race. Aujourd’hui, c’est pour leur Etat-nation qu’ils sont diffamés. Israël, vieux de 66 ans désormais, est encore le seul pays – parmi les 193 de l’ONU – dont le droit à l’existence est régulièrement contesté voire refusé sous certains aspects.

Cela ne signifie pas que toute critique d’Israël s’assimile à de l’antisémitisme. Ce n’est manifestement pas le cas. Le pays est lui-même l’un des plus autocritiques au monde, et les critiques de ses politiques représentent une perspective légitime du débat démocratique. Mais les partisans du Hamas ne sont pas intéressés par cette politique ; pas plus qu’ils ne le sont par les frontières et les polémiques qui en découlent. Ils se sont engagés à la destruction et à l’élimination complète de l’Etat juif, ce dont ils ont fait un principe, qu’ils énoncent clairement dans leur charte.

Il existe 102 Pays dans le monde où les Chrétiens sont majoritaires et 56 où ce sont les musulmans qui sont en plus grand nombre. Mais un seul Etat juif, et cela semble déjà trop.

De plus, les cibles de la terreur en Europe sont, bien souvent, des lieux de vie juive ordinaire – synagogues, écoles juives et musées – plutôt que des bureaux du gouvernement israélien.

Son épicentre a été déplacé

Les Juifs ont souvent été attaqués du fait qu’ils étaient l’archétype de l’ « autre ». Durant 1000 ans, ils représentaient la présence non-chrétienne la plus importante en Europe. Aujourd’hui, ils constituent la présence non-musulmane la plus remarquable au Moyen-Orient. Mais l’antisémitisme qui sévit au Moyen-Orient n’est pas propre à l’Islam.

Au 19ème siècle, les Coptes et les Chrétiens maronites ont introduit l’idée de diffamation de sang – la calomnie selon laquelle les Juifs utiliseraient le sang des Gentils pour leurs rituels religieux – en Egypte et en Syrie. L’Allemagne nazie, par l’intermédiaire de son allié le grand Mufti de Jérusalem, a ajouté à ce mélange peu ragoutant la conspiration notoire des Protocoles des Sages de Sion.

Ces deux mythes ont pénétré l’Islam de l’extérieur. Et les radicaux islamistes les ont désormais réexpédiés en Europe. A chaque fois que vous entendez des phrases comme « les Juifs contrôlent les médias » ou encore « Israël vise les enfants palestiniens », il s’agit d’une référence aux Protocoles des Sages de Sion et aux rituels sanguinaires.

La légitimation de l’antisémitisme a changé

La haine, lorsqu’elle relève du domaine public, est singulièrement difficile à justifier, ce qui explique pourquoi les antisémites ont toujours cherché une justification de la plus haute source d’autorité qui soit. Au Moyen-Âge, il s’agissait de la religion.

Au 19ème siècle, il était plutôt question des sciences. L’antisémitisme allemand était basé sur la soi-disant « étude scientifique de la race » et le darwinisme social : la doctrine selon laquelle dans l’histoire de l’humanité, comme dans la nature, les plus forts survivent en éliminant les plus faibles.

Dans l’ère qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, cette autorité a pris la forme des Droits de l’Homme. C’est pourquoi, en toute logique, la nouvelle vague d’antisémitisme a été lancée lors de la Conférence de l’ONU contre le racisme à Durban en 2001. Israël a été accusé de 5 péchés capitaux contre les droits de l’Homme : le racisme, l’apartheid, les crimes contre l’humanité, le nettoyage ethnique et la tentative de génocide.

Les Droits de l’Homme sont évidemment importants, et ce quels qu’en soient les victimes ou les auteurs. C’est la disproportion des accusations contre Israël qui a amené les Juifs à se demander si la préoccupation humanitaire était vraiment la motivation principale dans un cas pareil. Plus de la moitié de toutes les résolutions adoptées par le Conseil des droits de l’ONU depuis sa création en 2006 concernant la critique d’un pays en particulier, a été directement dirigée contre Israël. L’année dernière, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté 21 résolutions allant à l’encontre d’Israël, selon UN Watch, et seules 4 résolutions ont été prises pour protester contre les actions du reste du monde.

Historiquement, l’antisémitisme a toujours reflété une certaine incapacité à faire de la place aux différences entre les gens, ce qui est le fondement essentiel d’une société libre. C’est pourquoi la politique de la haine s’attaque maintenant aux Chrétiens, aux Bahaïs, aux Yézidis mais aussi aux musulmans du mauvais côté de la fracture entre sunnites et chiites, ainsi qu’à des Juifs.

Pour le combattre, nous devrons nous tenir la main, tous ensemble, que vous ayez une croyance quelconque ou que vous n’en ayez pas. L’avenir de la liberté est en jeu, et ce sera la bataille déterminante de ce 21ème siècle.

La corruption: bien plus qu’un crime financier

paru dans la Règle du Jeu http://laregledujeu.org/2011/03/17/5157/la-corruption-bien-plus-qu’un-crime-financier/

par Simone Rodan-Benzaquen, représentante d’AJC en France et ancienne Secrétaire Générale de MedBridge Strategy Center

De tous les problèmes qui affectent leurs sociétés, la corruption a probablement été celui dont la population des pays arabes s’est plaint depuis le plus longtemps. Le ressentiment causé par la corruption est devenu un des facteurs de déclenchement des mouvements d’opposition,  mais qui pourrait laisser la place aux islamistes, qui invoquent les valeurs morales.

En 2002, nous étions peu nombreux en Europe à demander une enquête sur l’utilisation des fonds Européens alloués à l’Autorité palestinienne.

Une corruption généralisée régnait alors au sein des institutions palestiniennes en général et au profit de son chef historique, Yasser Arafat, en particulier. Ceux qui s’étaient risqués à évoquer cette évidence étaient immédiatement suspectés de collusion avec les « sionistes » et de mépriser les palestiniens.

En réalité notre objectif était tout autre: faire en sorte que le PEUPLE palestinien puisse réellement bénéficier d’une aide financière de l’Occident.

On sait aujourd’hui que l’aide financière massive, noblement destinée à l’amélioration de vie de chaque palestinien a été soumise aux caprices onéreux de leurs dirigeants. Quelques articles de presse ont pu faire état des fortunes considérables détournées par le leader alors incontesté du Fatah, et de ses proches.

Ont suivi les élections législatives palestiniennes de 2006 qui ont vu la victoire du Hamas. (J’ai à ce sujet évoqué dans un précédent article paru dans La Règle du Jeu le fait que des élections qui ne s’appuyaient pas sur des bases constitutionnelles solides étaient vouées au mieux à l’échec, au pire au dévoiement radical.)

Le Hamas fit une campagne particulièrement agressive, n’hésitant pas à stigmatiser  un Fatah englué dans ses dérapages financiers. C’est donc sur le thème de lutte contre la corruption qu’il a bouté le Fatah hors de Gaza et qu’il a sapé pour le fragile processus de paix israélo-palestinien. Cette leçon a depuis été comprise par le Premier ministre palestinien Salam Fayyad, qui a fait un travail remarquable de transparence et de rigueur.

Aujourd’hui, les revendications qui reviennent constamment dans les soulèvements en Tunisie, Egypte ou en Libye et les manifestations dans les autres pays arabes, ne parlent pas de haine envers les Etats-Unis ou Israël.

Le fil conducteur est la mauvaise gouvernance et la corruption,  apparu avec la crise économique- accompagnée d’oppression, pratiquées de manière flagrante par les dirigeants et leur entourage.

Durant des décennies, des citoyens ordinaires ont été privés de dignité et d’accès à leurs droits tandis que des dictateurs se sont remplis les poches.

Tous les médias occidentaux ont relayé cette prise de conscience brutale et néanmoins tardive d’une corruption sans limite. Les dictateurs et les autocrates exercent un pouvoir absolu sur, notamment, toutes les transactions commerciales et financières, au mépris de toutes lois. Le citoyen ordinaire est dépossédé, humilié et maltraité à un degré tel que l’auto-immolation devient une option viable en tant que moyen d’expression.

Facebook, Twitter et autres médias sociaux ont facilité l’organisation et la diffusion de l’information, mais ils n’ont pas déclenché la révolte souhaitée par les citoyens. C’est l’injustice quotidienne en Egypte, en Tunisie, en Libye et dans les autres pays qui ont conduit à des soulèvements impressionnants.

Aujourd’hui, ces populations aspirent à un avenir de stabilité et de démocratie et sont prêts en payer le prix.

La corruption a conduit les sociétés à la radicalisation. Les idéologues radicaux ont un argument à leur disposition pour inciter à agir ceux dont les droits et la dignité ont été bafoués. Seul un véritable engagement en faveur de la responsabilisation, de la transparence et de la justice pourrait, en partie, ouvrir les portes de la démocratie et de la stabilité.

La corruption n’est pas seulement un crime financier mais une menace à la sécurité nationale et internationale.

Penser les plaies d’Egypte

Par Simone Rodan-Benzaquen, représentante d’AJC en France

paru dans la Règle du Jeu http://laregledujeu.org/2011/02/18/4793/penser-les-plaies-d’egypte/

Comme la plupart des citoyens des  pays Occidentaux, les récents bouleversements en Tunisie et en Egypte ont éveillé en moi  des sentiments forts et mitigés. Très vite après la stupéfaction, j’ai voulu me laisser gagner par l’espoir.  Comment en effet ne pas se réjouir que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme puisse enfin trouver asile sur ces terres promises de l’universalité?

Si les événements inattendus de ces dernières semaines, à partir de la Tunisie, ont ce subtil parfum d’espoir, celui d’une révolution de l’intérieur, spontanée, débordante, sans autodafés, sans boucs émissaires, je me suis dit alors que c’était possible ailleurs au Proche Orient. J’ai silencieusement souhaité ces mouvements citoyens en Egypte. Et j’ai vu les révolutionnaires de la place Tahrir s’approprier l’article 1 alinéa 2 de la Charte des Nations Unies : liberté des peuples à disposer d’eux mêmes. C’est cette phase charnière de l’histoire du Proche Orient que nous vivons en direct. Les faucons d’un Lawrence d’Arabie ont laissé place aux Facebook, Twitter et d’autres réseaux sociaux. Internet a remplacé les sabres et les images volées et immédiatement diffusées dans le monde entier sont rentrées dans l’histoire. Soudainement il n’y avait plus un Nord à l’air libre et un Sud sous le joug. Les peuples proche-orientaux, après plus d’un siècle d’étouffement, se sont mis à chanter la liberté, et nous nous prenons à espérer sur la contagion souhaitable en Iran, en Algérie, en Syrie, au Yémen.

Mais il faut garder les yeux grands ouverts. Nous ne devons pas tomber dans le piège qui fait amalgame entre démocratie et élections. Oui, les élections font bien partie du processus démocratique, mais le concept d’élection ne s’arrête pas seulement au bulletin de vote. La démocratie, au delà d’être un régime politique est une « idée », et faire vivre cette idée nécessite la mise en place préalable d’une justice impartiale, de la séparation des pouvoirs, d’une presse libre, des droits pour les minorités et d’un appareil de sécurité qui garantit le monopole de l’usage de la force. C’est d’abord en mettant ces moyens institutionnels en place que l’idée démocratique  pourra faire son chemin, dans le temps, en Egypte d’abord et dans les autres pays de cet Orient si surprenant et si prometteur.

En effet, l’avenir de l’Egypte doit être examiné en profondeur, sans angélisme ni naïveté. Dire que l’Egypte a une faible croissance économique, que la répartition des richesses est très inégale, que le pluralisme politique reste à être établi, qu’il existe des identités basées sur les divisions religieuses, et que tous ces facteurs peuvent entraîner une plongée en apnée terrible dans l’autoritarisme ou l’extrémisme religieux n’a rien d’excessif. Sans condescendance et face au chaos extrémiste, nous pouvons accompagner le peuple égyptien dans la création d’institutions démocratiques.

Revenons quelques années en arrière et penchons-nous sur les élections législatives de 2006 organisées par l’Autorité Palestinienne. J’étais dans la région à ce moment précis, accompagnant une délégation de parlementaires français et je me souviens d’une longue conversation avec un journaliste arabe Israélien, Khaled Abu Toameh. Il nous avait prévenu que la communauté internationale, l’administration Bush en particulier, était en train de commettre une grave erreur en demandant aux Palestiniens de provoquer des élections dites libres. Et cela pour deux raisons : Tout d’abord parce que, d’une part, la population Palestinienne ne voyait que corruption parmi tous les dirigeants de l’Autorité Palestinienne. D’autre part, seul le Hamas semblait répondre à ses préoccupations au quotidien en lui assurant les soins médicaux et en lui facilitant l’accès à l’éducation et aux services sociaux. Ensuite, selon Khaled Abu Toameh, les fondations institutionnelles indispensables à la création d’un Etat stable et démocratique n’étaient réunies ni dans la société civile ni dans les projets politiques de l’Autorité palestinienne de 2006.

Nous  avons tous connaissance du résultat désastreux de ces élections législatives de 2006. La victoire du Hamas, mouvement politique et religieux, a plongé le hamasland dans une dépression prétendument organisée.  Le Hamas a utilisé sa milice coercitive pour prendre en 2007 le contrôle total de la bande Gaza et en en chassant brutalement l’Autorité palestinienne. Le mal s’est avéré pire que le remède annoncé. C’est un régime cruel et à son tour corrompu qui a étouffé la population gazaouie.

Le Premier Ministre palestinien Salam Fayyad a compris que, pour aboutir à la création d’un Etat Palestinien viable et non autoritaire, il est impératif de construire d’institutions viables, en valorisant le rôle législatif et en misant sur une amélioration notable de la qualité de vie des Palestiniens. Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne doit s’appuyer sur les leçons de ces révolutions éclairs. La croissance économique et l’éducation sont les deux piliers d’un plan qui doit être pensé et appliqué avec rigueur et détermination. A côté de leur voisin israélien, le futur Etat palestinien a besoin d’institutions exemplaires qui, à l’instar des revendications des rues tunisiennes et égyptiennes, ait vocation à jeter aux oubliettes les scories d’un pouvoir soumis au seul attrait de la corruption. La paix est au prix des droits fondamentaux de tous les peuples, notamment de ceux d’Orient.

L’approche de Salam Fayyad devrait être une source d’inspiration pour tous les pays arabes. L’Egypte connaît aujourd’hui des obstacles semblables à la problématique des élections palestiniennes de 2006. Et parce qu’il n’existe pas de tradition ni d’institutions véritablement démocratiques, il ne faudrait pas qu’un mouvement religieux tel que celui des Frères Musulmans (organisation proche du Hamas) ou plus extrémiste encore, puisse voler la mise au peuple égyptien. Les « sans-culotte » de la place Tahrir ont spontanément choisi le mode de leur révolution, sans arme et sans barbe.

Des élections organisées à la hâte pourraient constituer un risque de retour à un système autoritaire, chaotique ou extrémiste. Cette situation nuirait avant tout aux égyptiens et tuerait dans l’œuf leur désir de liberté.

Les obstacles sont encore nombreux mais les défis ne doivent pas être insurmontables. La liberté, la prospérité et la paix passeront fatalement par une période de transition pendant laquelle devra s’inventer un modèle démocratique ajusté à l’histoire et au mode de vie et de culture de ces pays. Pourrons-nous jouer un rôle ? Nous demandera-t-on notre avis ? Peut-être les chaos de nos propres révolutions donneront à réfléchir et que les nécessaires subsides des pays encore riches seront équitablement distribués.
Alors, les élections oui, mais pas seulement.

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By Simone Rodan-Benzaquen, representative of AJC France

Like many others in the Western world, the revolutions in Tunisia and Egypt have left me feel astounded and shocked, but at the same deeply impressed and full of hope. How can we not support the uprising of a people that has been oppressed for so long? How can we not all strongly further the notion that the universality of the declaration of Human Rights can indeed be universal? This revolution has proven that the young people in the Arab world, like any other people, long for freedom, economic stability and democracy.

The unanticipated events from the last weeks and days give us hope that a democratic revolution from inside can indeed take place in the Middle East. It is a historic moment to savor. We are all standing still, nervously waiting if the revolution will spread to other countries in the Middle East. Who is next to come, which despot is the next to be forced to step down? Yemen, Algeria, Syria and maybe even Iran?

But after having celebrated their successes with the Tunisians and Egyptians, we need to focus on the future. And it seems as if for the Egyptian people the most difficult and delicate part of their struggle is still lying ahead.

Democracy should not be confused with elections. Yes, elections are an integral part of the democratic process, but democracy means much more. Democracy is about institution building. It requires the separation of power, the rule of law, a free press, minority rights, and one single functioning security force.  These institutions provide the basis of a functioning democratic system.

The future of Egypt needs to be thoroughly thought through, without naïveté.  Saying that Egypt has a low level of economic development, a dysfunctional economy, little historical experience with political pluralism, identity-based divisions and the potential danger of religious extremism is not being patronizing, but necessary for a realistic approach toward the realization of the aspiration of the Egyptian people. Looking reality straight into the eye should lead us to the conclusion that if not carefully managed, elections in 6 months (as has been announced by the Egyptian army) could mean a disaster for the future of Egypt and the region.

To look at the example of the Palestinian legislative elections back in 2006 might be instructive. At the time I was in the region with a delegation of French parliamentarians and remember a long conversation we had with the Arab-Israeli journalist Khaled Abu Toameh. He warned us that the international community, and the Bush administration in particular, was committing a severe mistake by asking the Palestinians to hold elections at that time.

The reasons he gave us were twofold: First of all he argued, the Palestinian population regarded the Palestinian Authority as corrupt. Instead of  providing for their own people they would provide only for themselves. For many Palestinians, the  only organization caring for their wellbeing was Hamas, who provided healthcare, education and social services, an integral part of Hamas’ political tactics. Secondly, according to Abu Toameh, the institutionary foundations indispensable to build a stable democracy were not existent in Palestinan politics and society. The result was that the Palestinian people were simply incapable of exercising their electoral right in the most meaningful manner.

We are all aware of the outcome of the 2006 legislative elections. Hamas won and subsequently used its militia to take control of Gaza in 2007 and has become a cruel, corrupt and criminal ruler against the people of Gaza.

Today, Palestinian Prime Minister Salam Fayyad has understood that in order to have a functioning Palestinian state in the future, he will need to focus on building institutions, supporting the rule of law and improving the quality of life for Palestinians. A high level of economic growth needs to follow, and this all has to be accompanied by raising awareness for democratic functions and processes through education.

While the future of Palestine seems in itself uncertain, the approach of Salam Fayyad should nevertheless be an inspiration for others in the region. Egypt faces similar problems today as the Palestinians back in 2006. There exists no democratic tradition, no functioning democratic institutions and a relatively strong religious fundamentalist movement, the Muslim brotherhood (the parent organisation of Hamas), which is the only organized political and social force,  that could potentially feed upon the failure of a functioning pluralist system.

It is crucial that we are aware of all these challenges and potential obstacles that await the Egyptian people in their struggle for an uncertain future. It will not be easy and a new model will certainly be needed. But the international community should  support the Egyptian people by supporting the basic prerequisite for freedom, peace and prosperity. This will certainly mean more than just supporting elections.