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Inscription du CGRI sur la liste européenne des organisations terroristes : Lettre au Président Macron

Inscription du CGRI sur la liste européenne des organisations terroristes : Lettre au Président Macron

La situation en Iran est dramatique et la répression, barbare. L’American Jewish Committee (AJC) exhorte le président français Emmanuel Macron à œuvrer sans réserve et sans délai pour l’inscription du Corps des Gardiens de la Révolution sur la liste européenne des organisations terroristes. Cette lettre, signée de Ted Deutch, CEO de l’AJC et d’Anne-Sophie Sebban-Bécache, Vice-présidente Europe, est rendue publique dans L’Express aujourd’hui.

Monsieur le Président, 

La France doit appeler sans délai à inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur la liste européenne des organisations terroristes. Notre exigence n’est pas nouvelle : nous la portons depuis des années dans nos échanges diplomatiques à Paris, à Bruxelles et dans les capitales européennes. Ce qui change aujourd’hui, c’est l’urgence. Face à l’escalade de la répression en Iran et à la multiplication des menaces visant directement la sécurité européenne, nous rendons cette demande publique et appelons à une décision immédiate. 

Alors que des milliers d’Iraniens ont été torturés, assassinés ou enfermés dans les geôles du régime, alors que les forces de sécurité écrasent dans le sang des manifestations pourtant pacifiques, l’Europe se trouve face à une vérité incontournable : la situation actuelle l’oblige à agir. Il ne s’agit plus d’un choix politique parmi d’autres, mais d’une urgence morale, stratégique et historique. Le CGRI n’est pas un instrument sécuritaire ordinaire d’un régime islamiste dictatorial. C’est l’ossature d’un système fondé sur la terreur, la répression, la corruption et la déstabilisation régionale et internationale. 

Le courage extraordinaire de millions de citoyens iraniens, qui défient ce régime avec une détermination remarquable, impose à l’Europe un devoir de solidarité – non plus seulement par des déclarations principalement indignées, mais par des mesures concrètes, efficaces et assumées contre l’appareil qui incarne le terrorisme d’État iranien : le Corps des Gardiens de la Révolution Iranienne. 

Car les faits sont accablants. Le CGRI finance, arme et coordonne des organisations telles que le Hezbollah, le Hamas et les Houthis, alimentant les conflits au Moyen-Orient, menaçant directement les alliés européens et faisant peser un risque croissant sur la stabilité mondiale. Le rapprochement stratégique entre Téhéran et Moscou s’intensifie : les drones iraniens et autres équipements militaires fournis à la Russie contribuent directement à la guerre menée contre l’Ukraine. Le message est clair : la menace du CGRI s’étend désormais au coeur du continent européen. 

Sur notre sol, ce constat n’est pas théorique. Le CGRI a planifié des attaques. Un tribunal allemand a établi son implication dans une tentative d’acte terroriste contre la synagogue de la ville de Bochum en novembre 2022. Les autorités britanniques ont déjoué des opérations d’assassinat et d’enlèvement visant des opposants réfugiés en Europe. Il ne s’agit pas de dérapages isolés, mais d’une stratégie structurée d’intimidation, d’ingérence et de déstabilisation de nos démocraties. 

C’est pour toutes ces raisons que l’inscription du CGRI sur la liste européenne des organisations terroristes s’impose désormais comme une évidence. Non, ce n’est pas un geste symbolique ; c’est une décision politique majeure, qui révélerait la vraie nature d’un régime qui ne bénéficie d’aucune légitimité aux yeux de son propre peuple. Ce serait aussi un signal clair envoyé au monde : l’Europe refuse toute complaisance face au terrorisme. 

Le Parlement européen a, à plusieurs reprises, appelé à cette décision – quatre résolutions ont été adoptées à une très large majorité ces dernières années. Des parlements nationaux, dont ceux de la France et de la Belgique, se sont prononcés dans le même sens. La Lituanie, elle, a déjà franchi le pas. Nos alliés – les États-Unis, le Canada et l’Australie – ont déjà classé le CGRI ou certaines de ses composantes comme organisations terroristes. Il y a quelques jours seulement, le président argentin Javier Milei a lui aussi décidé de désigner la Force Al-Qods du CGRI – le bras chargé des opérations extérieures de l’Iran – comme organisation terroriste (liant cette décision au traumatisme non résolu des attentats de Buenos Aires dans les années 1990), renforçant là encore le front international contre le terrorisme du régime iranien. 

La dynamique politique s’accélère en Europe : l’Allemagne, le Luxembourg et l’Estonie ont exprimé publiquement leur soutien ces derniers jours. Selon certains rapports, d’autres États-membres ont manifesté une ouverture claire à franchir une telle étape. 

Pourtant, certains pays demeurent hésitants, notamment la France, l’Espagne et l’Italie. Cette hésitation n’est plus soutenable. Raymond Aron rappelait que « l’histoire est tragique ». Elle est ici sans ambiguïté : dans ce moment décisif, l’inaction sera perçue comme de la complaisance. Elle sera jugée comme telle par les victimes, par les défenseurs des libertés, et par l’Histoire. 

La base juridique existe. La volonté politique progresse. Les circonstances l’exigent. Ce qui manque désormais, c’est l’action. 

Monsieur le Président, l’Europe est à un tournant. Votre voix peut faire la différence. C’est aujourd’hui qu’il faut choisir la fermeté. C’est aujourd’hui qu’il faut affirmer que l’Europe ne cédera ni à la peur, ni au cynisme, ni au calcul. 

Au-delà d’autres mesures concrètes qui doivent être prises (renforcer la coopération Europol/Eurojust contre les activités criminelles dirigées par le CGRI, protéger les dissidents et les communautés vulnérables en Europe, offrir des voies humanitaires aux Iraniens ayant une crainte crédible de représailles, condamner la brutalité du régime iranien par une diplomatie active sur la scène européenne et internationale, soutenir l’accès à l’information et la sécurité numérique des Iraniens et maintenir la pression sur tous les acteurs qui facilitent ou légitiment les opérations du CGRI), c’est aujourd’hui qu’il faut inscrire le CGRI sur la liste européenne des organisations terroristes. 

Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre très haute considération. 

Ted Deutch, Chief Executive Officer, American Jewish Committee

Anne-Sophie Sebban-Bécache, Vice présidente Europe, American Jewish Committee