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Retour sur les cérémonies du soulèvement du ghetto de Varsovie

Retour sur les cérémonies du soulèvement du ghetto de Varsovie

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Aujourd’hui je vais vous parler de la cérémonie du 80ème anniversaire du soulèvement du Ghetto de Varsovie, qui a eu lieu à Varsovie et à laquelle l’AJC a participé. Pour commencer rappelons-nous tout d’abord des faits historiques : la révolte du ghetto de Varsovie a éclaté le 19 avril 1943, lorsque plusieurs centaines de combattants juifs ont attaqué les nazis pour mourir l’arme à la main plutôt que dans un camp d’extermination. Au moment du déclenchement de l’insurrection, environ 50.000 civils se cachaient encore dans des caves et bunkers du ghetto. 7000 personnes ont été tuées pendant les combats, tandis que 6000 autres sont mortes à la suite des incendies déclenchés méthodiquement par les nazis dans tout le quartier, devenu aussitôt un champ de ruines.

80 ans plus tard, on s’en souvient à Varsovie. Cela n’a pas toujours été le cas. « Le soulèvement était un suicide », nous a dit Halina Birenbaum, une survivante âgée de 93 ans. « Nous ne pouvions pas gagner, mais nous devions leur faire du mal. » Mercredi, dans toute la ville, plus de 3000 volontaires ont distribué des jonquilles en papier que les gens se sont accrochées à leurs vestes et manteaux, en souvenir de Marek Edelman, le dernier commandant du soulèvement juif, décédé en 2009.

Ce qui était particulier à cette commémoration, c’était la participation des présidents allemand, polonais et israélien, ensemble à cette cérémonie. Leur présence est non seulement importante d’un point de vue symbolique, en raison de sa valeur commémorative, mais aussi parce qu’elle n’a absolument rien de naturel et d’évident. Elle intervient dans un contexte de tensions diplomatiques très fortes entre les trois pays – justement au sujet du récit historique qui est fait dans chaque pays, et surtout en Pologne.

Entre Israël et la Pologne, nous venons de traverser presque cinq ans de désaccord profond sur l’interprétation de l’histoire de la Shoah. Les relations entre les deux pays se sont notamment détériorées après l’adoption par la Diète polonaise (le parlement), en 2018, d’une loi interdisant d’attribuer la responsabilité ou la co-responsabilité à la nation polonaise des crimes nazis. Israël reprochait à la Pologne de vouloir modifier l’histoire et d’empêcher le travail des historiens.

Ces derniers temps, les choses se sont un peu améliorées avec des tentatives de réconciliation comprenant notamment un récent projet d’accord entre la Pologne et Israël sur la reprise des voyages scolaires israéliens dans les anciens camps de la mort nazis. Mais cet accord a aussi suscité des critiques fortes, notamment en Israël pour l’inclusion de sites recommandés qui, selon les critiques, donnent une vision déformée de la Shoah.

Entre l’Allemagne et la Pologne, les relations se sont aussi fortement dégradées depuis que le gouvernement polonais a déposé sa demande d’indemnisation en temps de guerre, rédigée par une commission gouvernementale, à l’automne dernier. La Pologne rejette une renonciation de 1953 à d’autres demandes d’indemnisation contre l’Allemagne, insistant sur le fait que cet accord a été signé par le régime communiste sous la pression de l’Union soviétique.

Berlin insiste sur le fait que la nouvelle demande n’a aucun fondement dans le droit international, soulignant les paiements de compensation d’après-guerre, le transfert des anciennes terres d’Allemagne de l’Est à la Pologne d’après-guerre en 1945 et le traité d’unification de l’Allemagne de 1990.

Au premier abord ces tensions ne se sont pas fait sentir lors de la cérémonie, mais si on lit entre les lignes, on peut percevoir certaines allusions, notamment dans le discours d’Isaac Herzog, qui a déclaré : « Nous devons nous rappeler que la mémoire de la Shoah n’est ni postmoderne ni relative. … Toute tentative de transmettre cet héritage historique aux générations futures doit refléter cet axiome incontestable, sans embellissement. »

Alors malgré les politisations de l’histoire et leur poids dans les relations diplomatiques contemporaines, tout comme les tentatives révisionnistes des mouvements et gouvernements nationalistes, il était néanmoins important de voir, ne serait-ce que pour un court moment, que ces trois pays se réunissent pour rendre hommage au courage de ces héros juifs.

Demain, la bagarre diplomatique reprendra peut-être, même certainement, mais ce moment suspendu nous a donné à voir ce qui sera peut-être un jour possible : que les horreurs de notre histoire commune et les leçons qui en découlent, peuvent justement nous permettre de construire un avenir commun.