Les Enjeux du rapprochement Israël-Arabie saoudite par le géopolitologue Frédéric Encel

La lune de miel sans précédent qui prévaut dorénavant entre Israël et l’Arabie saoudite ne peut en aucun cas se comprendre sans la prise en compte maximale de la guerre froide à laquelle de livre cette deuxième et l’Iran et, de façon plus générale, entre axe sunnite et axe chiite. Quatre rivalités de nature et d’ampleur différentes opposent Riyad et Téhéran.

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AJC s’exprime au sujet de l’accord iranien

Capture d’écran 2015-08-05 à 19.38.43New York – Le 5 août 2015 – Le Directeur exécutif d’AJC, David Harris, a fait la déclaration suivante concernant l’accord entre l’Iran et les grandes puissances du « P5+1 » :

Lorsque le Plan Global d’Action Conjoint a été annoncé à Vienne le 14 juillet dernier, AJC a publié un communiqué de presse indiquant qu’il faudrait d’abord étudier le texte complet et ses répercussions avant de prendre position au sujet de l’accord, comme le Congrès américain qui a entamé une période de réflexion et d’examen minutieux de 60 jours.

Au cours des trois dernières semaines, AJC s’est engagé dans des consultations externes et des délibérations internes ouvertes et profondes, impliquant notamment de nombreux représentants religieux et dirigeants d’AJC.

Durant cette période intensive, nous avons eu le privilège de nous entretenir en privé avec le secrétaire d’Etat John Kerry et, plus tard, la sous-secrétaire d’Etat Wendy Sherman, qui se sont tous deux rendus au siège d’AJC, à New York. Nous avons également eu l’occasion de parler avec des membres démocrates et républicains du Congrès ; des diplomates européens ; le monde arabe et Israël, des analystes notables maîtrisant parfaitement la question de la diplomatie nucléaire en ce qui concerne l’Iran. De même, nous avons été invités à prendre part à des discussions à Washington avec le Président Barack Obama et le secrétaire américain à l’Energie, Ernest Moniz. Nous sommes extrêmement reconnaissants de toutes ces opportunités qui nous ont été offertes.

Dès le départ, nous avons pris conscience du fait que le traité iranien n’était pas une mince affaire. Bien au contraire, il a été l’un des enjeux politiques les plus importants pour la présente génération. Par conséquent, il ne pouvait donner lieu à une réaction impulsive qui se résumerait à déclarer être pour ou contre, ou à une réponse synthétique de quelques mots.

Nous avons écouté attentivement les arguments de ceux qui sont en faveur de l’accord, qui, entre autres, ont affirmé que la progression du programme nucléaire iranien serait bloquée pendant dix ans minimum, sinon plus ; que l’Iran utiliserait l’argent des avoirs non gelés et la levée des sanctions en grande partie à des fins domestiques ; que le Moyen-Orient ne serait pas le témoin du spectre de la prolifération nucléaire ; que le régime d’inspection et de vérification serait le plus intrusif jamais élaboré par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui se concentre également sur l’éventuelle dimension militaire du précédent programme iranien; et, peut-être que l’Iran s’orienterait, avec le temps, vers des changements positifs et s’ouvrirait à une plus grande coopération.

Nous avons également prêté une oreille attentive aux opposants qui ont notamment fait valoir que cet accord ne démantèlerait pas l’infrastructure iranienne, mais, au mieux, la retarderait simplement ; qu’il légitime en fait l’émergence de l’Iran comme un Etat « du seuil nucléaire » sans même avoir à violer l’accord ; qu’au moins une partie des fonds iraniens seraient utilisés pour alimenter la terreur et l’instabilité au Moyen-Orient et ailleurs ; que les alliés des Etats-Unis dans la région ont été profondément perturbés par l’accord et ses implications plus larges ; et qu’il faut prendre en compte la possibilité que l’Iran trompe la communauté internationale, comme il l’a déjà fait dans le passé à Natanz et Fordow, et comme cela avait également été fait par la Corée du Nord et la Syrie.

Bien que nous respectons ceux qui, au sein du « P5+1 » piloté par les Etats-Unis, ont minutieusement négocié l’accord au fil des années, ont sans cesse été défiés par l’Iran et, il faut le souligner, ont aussi eu à gérer l’interaction complexe entre les parties du « P5+1 » lui-même, cet accord comporte trop de risques, de préoccupations et d’ambiguïtés pour que nous lui apportions notre soutien.

En abandonnant la posture antérieure de sanctions dans la négociation en échange du démantèlement des infrastructures nucléaires iraniennes et en le remplaçant par ce qui est essentiellement un gel temporaire de son programme, le « P5+1 » a en effet validé le futur statut de l’Iran comme étant un Etat dit « du seuil nucléaire », ce que le Président Obama a lui-même reconnu dans une interview accordée à la presse.

Étant donné la nature du régime iranien et son idéologie fondamentale, AJC ne peut accepter cette perspective. Elle est trop menaçante et pourrait déclencher une réponse des voisins inquiets de l’Iran, eux-mêmes susceptibles de chercher à obtenir l’armement nucléaire, ainsi que, de façon plus immédiate et plus certaine encore, des armes conventionnelles évoluées, ajoutant un tout nouveau niveau de menace dans la région du monde la plus instable et la plus armée. Ce n’est certainement pas dans l’intérêt des Etats-Unis en matière de sécurité à long terme.

De plus, en levant le gel sur les avoirs iraniens dans un délai relativement bref, la suppression des sanctions déclenchera de nombreuses visites à Téhéran, comme en témoigne le désir du vice-chancelier et ministre de l’Economie allemand Sigmar Gabriel d’être parmi les premiers. En outre, mettre fin à l’embargo iranien sur les armes dans un délai de cinq ans et sur la technologie des missiles, contribuerait à son programme d’ICBM et profiterait énormément au régime dans un délai de huit ans – sans exiger pour autant du pays qu’il change son attitude, jusqu’alors déstabilisatrice et dangereuse. Cela comprend ses fréquents appels « mort à l’Amérique » et « mort à Israël » et ses ambitions hégémoniques en Irak, en Syrie, au Liban, au Bahreïn et au Yémen. AJC ne peut aucunement accepter cette optique.

Les partisans de l’accord soutiennent que la seule alternative serait la guerre. Nous ne sommes pas d’accord. Nous ne sommes pas partisans de la guerre contre l’Iran, nous n’avons d’ailleurs jamais préconisé l’usage de la force, même si nous avons toujours cru en une option militaire crédible comme une façon de convaincre l’Iran de notre sérieux. Mais jusque-là, les négociateurs du « P5+1 » affirmaient « l’alternative à un mauvais accord est l’absence d’accord. » Qu’est-il advenu de cette formulation, et pourquoi n’est-elle soudainement plus d’actualité ?

Nous comprenons que le fait de s’opposer à cet accord soulève d’importantes questions au sujet de l’avenir ; des questions auxquelles personne n’est vraiment apte à répondre aujourd’hui. Mais nous pensons aussi que l’Iran, face à un solide leadership américain, aura intérêt à revenir à la table des négociations tôt ou tard.  Enfin, nous savons que soutenir cet accord aura assurément des conséquences bien plus inquiétantes sur l’avenir.

Par conséquent, AJC s’oppose à l’accord et invite les membres du Congrès à faire de même.

Ce faisant, nous souhaitons faire deux remarques supplémentaires.

Tout d’abord, nous comprenons parfaitement que le débat déchaîne les passions des deux côtés, mais ça ne devrait pas être une excuse pour se livrer à des attaques personnelles ou à des déclarations incendiaires n’ayant aucun fondement factuel, qu’elles soient exprimées par les partisans de l’accord ou par ses adversaires. Il est primordial d’organiser un véritable débat sur ces problématiques et de ne pas tomber dans le piège des accusations ad hominem.

Deuxièmement, il est dans l’intérêt des Etats-Unis – aujourd’hui plus que jamais – de maintenir les liens les plus étroits possibles avec nos alliés de longue date dans la région, parmi lesquels Israël, l’Égypte, la Jordanie, et les pays membres du Conseil de coopération du Golfe. Leur géographie, immuable, les place en première ligne. Leur évolution politique et leurs préoccupations en matière de sécurité – certaines fois exprimées de façon publique, d’autres fois de façon privée – doivent être examinés avec soin, aujourd’hui comme demain. Ils ont besoin de nous tout comme nous avons besoin d’eux.

AJC pousse le Congrès à examiner minutieusement l’accord nucléaire iranien

accord nucléaire iranien

15 juillet 2015 – New York – L’annone, hier, d’un accord entre le P5+1 conduit par les Etats-Unis et l’Iran sur son programme nucléaire a mis fin à d’intenses et difficiles négociations étendues sur plusieurs années.

« Le président Barack Obama s’est montré déterminé, envers et contre tout, à croire qu’un tel accord était possible. » a déclaré David Harris, directeur exécutif d’AJC. « Les efforts soutenus du secrétaire d’Etat John Kerry, ceux du secrétaire à l’énergie Ernest Moniz, de la sous-secrétaire d’Etat américain Wendy Sherman et d’autres fonctionnaires du gouvernement, ont pu concrétiser de telles perspectives. »

« Compte tenu des enjeux immensément élevés de cet accord, de ses couches de complexité, des nombreuses questions qui ont été posées à ce sujet par les experts dans ce domaine, incluant ce qui se passera après l’expiration du deal et la nature dangereuse du régime, il incombe désormais au Congrès américain, conformément aux dispositions de l’accord, de revoir en profondeur, débattre et finalement voter pour ou contre » a ajouté David Harris.

« Ce processus essentiel doit être guidé par une question toute aussi centrale : l’accord renforcera-t-il la sécurité des Etats-Unis, celle de nos alliés au Moyen-Orient et celle du monde entier ? Si c’est le cas, il doit être soutenu. Mais si ça ne l’est pas, il doit être combattu. C’est sûrement le plus important de tous les sujets de politique étrangère de notre époque à être présenté devant les législateurs à Washington. En tant que nation, nous devons absolument prendre la bonne décision. Cet accord doit être évalué uniquement selon ses mérites – ni plus ni moins. »

L’accord nucléaire conclu à Vienne ne semble pas aborder les autres aspects extrêmement troublants de l’attitude du gouvernement et de ses activités.

AJC demeure profondément préoccupé par (1) le programme d’ICBM de l’Iran, qui ne peut être expliqué que par des fins militaires menaçantes; (2) ses appels répétés, y compris ces derniers jours, à anéantir Israël et les Etats-Unis; (3) son implication directe dans le terrorisme et son soutien à des groupes terroristes comme le Hamas et le Hezbollah; (4) ses ambitions hégémoniques dans la région, du Liban à la Syrie, de l’Irak au Yémen; et (5) la négation systématique des droits humains, comme cela a été très largement expliqué et documenté dans le rapport le plus récent du Département d’Etat sur les Droits de l’Homme partout dans le monde.

« Quelle que soit l’issue de ce cheminement, la nécessité d’une vigilance accrue concernant l’Iran ne diminuera pas un seul instant » a conclu David Harris. En effet, avec la perspective de déblocage des avoirs iraniens à l’étranger et de la levée des sanctions à la suite de cet accord, le flux des fonds va croître sensiblement, et cela permettra à l’Iran de piétiner un peu plus encore nos valeurs, tout en constituant une profonde menace pour nos alliés au Moyen-Orient et partout ailleurs.

« Nous commenterons plus précisément l’accord qui vient tout juste d’être annoncé, et partagerons notre vision des choses aux membres du Congrès, une fois que nous aurons eu plus de détails » a conclu David Harris.

Depuis 15 ans, AJC suit de façon quotidienne l’évolution nucléaire de l’Iran et s’entretient avec les représentants des gouvernements du monde entier au sujet de la menace grandissante du pays comme Etat du seuil nucléaire.

La résurrection du Hezbollah : un retour aux techniques d’espionnage par le parti de Dieu.

par Matthew Levitt du Washington Institute

Hezbollah1Au cours de ces dernières années, les activités mondiales du Hezbollah libanais ont nettement augmenté, mais c’est tout récemment que leurs efforts ont porté leurs fruits.

En Juillet 2012, les agents du Hezbollah ont fait explosé un bus rempli de touristes israéliens à Bourgas en Bulgarie, tuant cinq Israéliens et le chauffeur de bus bulgare.

Par ailleurs, tout aussi important que ce succès opérationnel, un autre attentat a été déjoué à Chypre à peine deux semaines plus tôt. Cet attentat avorté nous a ouvert les yeux sur la modernisation du matériel technique du Hezbollah et de la capacité militaire de l’aile terroriste internationale du groupe : l’Organisation du Jihad islamique (OJI).

Cet article retrace donc la récente flambée des activités opérationnelles du Hezbollah depuis 2008 et souligne les efforts du groupe pour moderniser l’arsenal technique de l’OJI. Il convient de préciser que beaucoup de ces détails découlent de nombreuses conversations tenues par l’auteur avec des responsables de la sécurité israélienne à Tel-Aviv, qui ont ensuite été examinées et confirmées lors d’autres conversations avec les services de sécurité et du renseignement américain et européen.

L’article fournit également une analyse détaillée du cas d’Hossam Yaacoub, agent du Hezbollah qui purge actuellement une peine dans une prison chypriote pour son rôle dans un complot visant des touristes israéliens. Cette analyse a pour but de démontrer comment le Hezbollah a rénové son activité terroriste. A l’aide de la copie des interrogatoires effectués par la police chypriote sur Yaacoub après son arrestation, cette analyse donne un aperçu unique de la façon dont le  Hezbollah recrute et forme ses nouveaux agents.

L’article démontre aussi que la décision du Hezbollah de rester éloigné de la ligne de mire de la guerre menée contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre a causé le déclin de sa branche armée ;  mais que désormais le groupe terroriste était en train de reconstruire l’arsenal de l’OJI.

L’Opération Radwan révèle un manque de compétences.

En Février 2008, l’explosion d’une voiture piégée à Damas a causé la mort du chef militaire du Hezbollah, Imad Mughniyyeh. Lors de ses funérailles, le Secrétaire Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a promis de riposter et de mener une « guerre ouverte » contre Israël. Les Israéliens ont pris l’avertissement au sérieux, mais Nasrallah n’avait peut-être pas réalisé à quel point le Hezbollah était mal préparé pour donner suite à cette menace.

Les responsables israéliens ont rapidement pris des mesures préventives (diffusion d’alerte de voyages spécifiques pour couvrir des mesures secrètes) contre ce qu’ils considéraient comme les scénarios les plus probables.

Les responsables israéliens n’ont pas eu à attendre très longtemps pour que le Hezbollah passe à l’action. Pourtant, lorsque l’OJI, alors sous le commandement du beau-frère de Mughniyyeh, Mustafa Badreddine, et de Talal Hamiyeh, première personne évoquer publiquement la volonté de venger la mort de Mughniyyeh, l’Opération Radwan (inspirée du nom de Mughniyyeh, qui était aussi connu sous le nom de Hajj Radwan) a connu une série de revers.

Même si le Hezbollah avait décidé d’opérer dans des pays où la sécurité est relativement laxiste plutôt que dans les pays occidentaux, les efforts de Hezbollah pour se venger de la mort de Mughniyyeh ont échoué à plusieurs reprises. Dans des endroits tels que l’Azerbaïdjan, l’Égypte ainsi que la Turquie et même avec un soutien important de la Force Qods, les agents du Hezbollah ont subi une série d’échec à commencer par le  fiasco de mai 2008 à Bakou, où de nombreuses attaques dont notamment le bombardement des Ambassades américaine et israélienne ont été contrecarrées. L’événement a certes permis la libération sans heurt du personnel de la Force Qods, mais des poursuites pénales ont été engagées à l’encontre des deux agents du Hezbollah. Des opérations ont été aussi rapidement déjouées en Egypte et en Turquie toute comme ont été contrecarrées des tentatives de kidnapping contre des Israéliens en Europe et en Afrique.

L’OJI n’était pas à la hauteur pour mener à bien la réalisation de ces attaques commanditées par le Hezbollhah. Les dirigeants de Hezbollah avaient, en effet, épuré le réseau mondial des membres actifs de l’OIJ après les attentats du 11 septembre pour rester éloigné de la ligne de mire de la guerre menée contre le terrorisme. De plus, le      « partenariat stratégique » que le Hezbollah avait contractait avec l’Iran, durant la dernière décennie, semblait avoir mis l’accent sur ​​le financement, la formation et l’armement de sa milice plutôt que sur la préparation d’attentats terroristes internationaux.

En conclusion, le Hezbollah n’avait, non seulement, pas les moyens et les compétences pour réussir une opération à l’étranger, mais il ne pouvait pas compter non plus sur Mughniyyeh pour planifier et diriger les opérations.

Nouvelles tâches attribuées par Téhéran : cibler des touristes israéliens

Un attentat déjoué en Turquie en Septembre 2009 a marqué un tournant pour les stratèges opérationnels du Hezbollah et leurs commanditaires iraniens. En dépit de l’augmentation du soutien logistique des agents de la Force Qods prévus pour cet attentat, les agents du Hezbollah n’avaient toujours pas réussi à exécuter la mission avec succès.

Les responsables israéliens ont affirmé que Hezbollah et les Force Qods se blâmaient mutuellement à la suite de ces deux années d’échec dont le point culminant fut l’attaque ratée en Turquie puis un autre complot déjoué en Jordanie, en Janvier 2010.

Pendant ce temps, aux environs de 2009, les responsables israéliens soutenaient la thèse que l’Iran avait peu d’intérêt pour les prouesses opérationnelles du Hezbollah concernant les problèmes locaux, comme venger la mort de Mughniyyeh par exemple, et préférait se consacrer plus efficacement à la lutte contre ceux qui menacent son programme nucléaire naissant. Nous parlons de composants défectueux des centrifugeuses iraniennes, des désertions dans le Corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI), puis de la bombe qui a tué le physicien iranien Masoud Ali Mohammadi devant son domicile à Téhéran en Janvier 2010.

Selon des responsables du renseignement israélien, les dirigeants iraniens ont tiré deux conclusions après la mort de Mohammadi :

1) L’OJI du Hezbollah devait renouveler sa capacité opérationnelle, non seulement pour venger la mort de Mughniyyeh, mais aussi pour jouer un rôle dans la «guerre de l’ombre » menée par l’Iran contre l’Occident

2) Le GRI ne pourrait plus compter uniquement sur Hezbollah pour commettre des attentats terroristes à l’étranger. Les dirigeants ont affirmé qu’ils allaient déployer les forces Qods par leurs propres moyens, et plus seulement en tant que force de frappe de soutien du Hezbollah. Plus encore que la perte de ses scientifiques, Téhéran a tenté de redorer son blason en véhiculant l’image d’un Iran si faible qu’il ne pouvait même plus protéger ses propres scientifiques à la maison.

De son côté, les responsables israéliens soutenaient que la Force Qods donnait des instructions au Hezbollah pour préparer une campagne d’attentats terroristes visant des touristes israéliens à travers le monde.

Selon les instructions de Nasrallah, Badreddine et Hamiyeh « avaient entrepris une réévaluation opérationnelle massive en Janvier 2010, qui a conduit à de grands changements au sein de l’OJI, sur une période d’un peu plus de six mois », selon les propos d’un responsable israélien. Pendant cette période, les opérations de l’OJI ont été mises en attente et de grands changements du personnel ont été effectués. De nouveaux agents ont été recrutés dans l’élite de la branche militaire du Hezbollah pour qu’ils soient formés aux opérations d’espionnage tandis que les anciens membres ont été mutés à de nouveaux postes. Dans le même temps, l’OJI était en train de moderniser son armée qui avait été mise de côté depuis la décision de freiner les opérations en 2001.

Des hauts et des bas 

Pendant ce temps, les agents du Hezbollah étaient occupés à planifier les opérations de «la guerre de l’ombre » de l’Iran avec l’Occident : cibler les touristes israéliens à l’étranger. Bien qu’il avait encore du mal à reconstituer leurs troupes opérationnelles étrangères, le Hezbollah a continué d’envoyer des agents insuffisamment préparés à l’étranger dans l’espoir d’une hypothétique réussite. Pourtant, l’accroissement des attaques n’a pas donné de résultats.

Selon un représentant des services américains, le Hezbollah a donné 150,000 $ à chacun des membres du commando pour attaquer une école juive à Bakou. Puis, à la même époque, en Janvier 2012, les autorités ont déjoué un attentat qui visait des touristes israéliens en Bulgarie (à peine quelques semaines avant la date anniversaire de l’assassinat de Mughniyyeh) et un attentat a aussi été déjoué en Grèce .  Enfin, à l’autre bout du monde, à Bangkok, les autorités israéliennes et locales ont contrecarré une attaque beaucoup plus ambitieuse – mais non moins désespérée – dont le but était de neutraliser d’autres touristes israéliens.

Le 12 Janvier 2012, agissant sur la base d’un renseignement israélien, la police thaïlandaise a arrêté Hussein Atris, ressortissant libanais avec un passeport suédois à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, alors qu’il tentait de fuir le pays. Un autre suspect, dont la police avait noté la ressemblance avec le portrait robot de Naim Haris, s’est échappé. Le portrait robot de Naim Harris, agent de recrutement du Hezbollah, avait été diffusé par les services israéliens un an plus tôt. Quelques jours plus tard, la police a émis un mandat d’arrêt contre le colocataire d’Atris : un Libanais qui portait le nom de James Sammy Paolo.

Interrogé sur le week-end du 12 janvier, Atris a conduit la police dans un bâtiment de trois étages dans la banlieue de Bangkok où lui et son colocataire avait stocké environ 4 tonnes de produits chimiques destinés à fabriquer des explosifs. Les matériaux avaient déjà pris la forme de cristal, une étape dans la construction des bombes. Les formulaires d’expédition retrouvés sur les lieux indiquaient que certains de ces explosifs étaient stockés dans des sacs marqués « litière pour chats » et étaient destinés à être expédiés à l’étranger. Les services de renseignement israéliens ont émis l’hypothèse que le Hezbollah avait utilisé la Thaïlande comme « placard » à explosifs (Atris avait loué les lieux un an plus tôt) et avait chargé ses agents sur place, qui n’avait apparemment pas été formés à l’art de l’espionnage, d’attaquer des touristes israéliens.

La conclusion n’était pas une surprise : les services de renseignement américains avaient déjà déterminé que le Hezbollah était connu pour utiliser Bangkok comme une plaque tournante de la logistique et du transport, en décrivant la ville comme « un centre de cocaïne et de blanchiment d’argent pour le compte du Hezbollah ».

Six mois après sa tentative ratée contre les israéliens en Bulgarie, le Hezbollah a fait explosé le bus israélien à Bourgas.

Certains éléments de l’attentat de Bourgas ont mis en évidence certaines lacunes opérationnelles. C’est le cas notamment du permis de conduire factice de l’état du Michigan utilisé par le kamikaze qui comportait l’adresse de Baton Rouge, en Louisiane.

Toutefois, d’autres éléments ont démontré une certaine ingéniosité. Le Hezbollah a dépêché deux agents pour réussir sa mission.  Tous deux ont voyagé avec des passeports étrangers légitimes (un canadienne, l’autre australien). Ils se sont rendus en Bulgarie à travers la Pologne, puis sont passés par la Roumanie et la Turquie. Pourtant, suite aux déclaration publiques des autorités bulgares et malgré leur conclusions sur l’implication du Hezbollah dans cet attentat, l’enquête reste ouverte sur ​​au moins trois continents.

L’étude de cas à Chypre: un aperçu sur le recrutement et la formation des agents du Hezbollah.

Contrairement aux attaques décrites ci-dessus, un trésor d’informations est ressorti  du procès à Chypre de Hossam Yaacoub, un libano-suédois qui a avoué appartenir aux Hezbollah lors de son arrestation quelques jours avant l’attentat. Tous les détails sur cette affaire qui suivront sont des extraits des interrogatoires de Yaccoub détenus par la police et traduits officiellement en anglais.

Arrêté dans sa chambre d’hôtel à Limassol, le matin du 7 Juillet 2012, quelques heures après son retour d’une opération de surveillance à l’aéroport de Larnaca, Yaacoub a d’abord été interrogé (une heure après son arrestation) par la police chypriote pendant cinq heures.

Dans un premier temps, Yaacoub a fourni uniquement des informations de base au sujet de lui-même. Il a insisté sur le fait qu’il n’était rien de plus qu’un homme d’affaires libanais qui cherchait à importer des marchandises chypriotes au Liban. Il avait été à Chypre trois fois, a t-il expliqué, d’abord en tant que touriste, environ trois ans plus tôt, pour une entreprise en décembre 2011 et maintenant à nouveau en juillet 2012. Yaacoub n’était pas disposé à faire tomber sa couverture lors des deux premiers interrogatoires effectués par la police le 7 juillet et 11 juillet 2012.

Plusieurs heures se sont écoulées après le deuxième interrogatoire et dès que la police chypriote a commencé son troisième interrogatoire plus tard, cette même nuit, l’histoire a commencé à changer.

« En ce qui concerne la précédente déposition que je viens de donner à la police », a déclaré Yaacoub, « je n’ai pas dit toute la vérité. » Quatre pages de dépositions plus tard, Yaacoub a changé son histoire, prétendant avoir été approché au Liban par un homme du nom de Rami en juin 2012. Il a décrit des réunions clandestines avec Rami, toujours menées au cours de promenades en plein air racontant qu’il n’était pas  autorisé à transporter son téléphone cellulaire. Rami avait chargé Yaacoub de vérifier l’arrivée des vols en provenance d’Israël à l’aéroport de Larnaca. Peu importe la finalité, il demandait à Yaacoub de le rappeler et Rami lui disait que tout cela était « fait pour le bien de la religion au final ».

Yacoub a ensuite détaillé les instructions que lui donnait Rami. Il devait configurer des comptes e-mails par lesquels il pourrait communiquer avec Rami, changer son apparence, éviter les caméras à l’aéroport, et devait recueillir des tracts d’hôtels chypriotes spécifiques. Yaacoub dit qu’il a pris les 500 $ que Rami lui  avait offert et s’est rendu à Chypre, portait un chapeau et des lunettes et avait évité les caméras de sécurité quand il allait à l’aéroport pour observer les vols en provenance  d’israélien, puis il allait dans des cybercafés pour créer les nouveaux comptes e-mails selon les instructions de Rami.

Yaacoub a décrit Rami comme un Libanais de 38 ans, musclé et d’environ 1m60, avec un teint clair, les yeux verts et les cheveux blonds. « Je pourrais le reconnaître à partir d’une photo » a déclaré Yaacoub, ajoutant : « je ne sais pas si Rami appartient au Hezbollah, il n’a jamais mentionné ce mot, mais je soupçonne qu’il appartient à cette organisation. » Yaacoub a conclu en disant « tout ce que j’ai dit dans ma déposition est la vérité. » Ce n’était pas la vérité, bien évidemment. « Rami » n’avait jamais existé. C’est seulement plus tard que Yaacoub admettra que « l’histoire que je vous ai raconté dans ma précédente déposition, celle d’un gars appelé Rami, comme vous pouvez le deviner, ne s’est pas jamais produite. »

Un autre interrogatoire a eu lieu quelques jours plus tard et a duré deux heures et demi en pleine nuit. Lorsque celui-ci s’est terminée à 03h15, la police avait un aperçu beaucoup plus complet du recrutement de Yaacoub par le Hezbollah et la nature de sa mission à Chypre ainsi que de ses précédentes opérations ailleurs en Europe. Encore une fois, Yaacoub a commencé l’entrevue avec une bombe : « Je suis un membre actif du Hezbollah depuis environ quatre ans. J’ai été recruté par un Libanais appelé Reda en 2007. »

Durant la semaine de son arrestation, Yaacoub a maintenu la police chypriote dans le flou, d’une part, en se tenant à l’histoire de sa couverture bien établie en tant que commerçant libanais et d’autre part, en admettant qu’il avait pour mission de recueillir des informations sur les vols israéliens tout en racontant une histoire fausse à propos de son recrutement.

En fait, le Hezbollah a une vraie expérience pour former ces agents à résister aux interrogatoires. En mars 2007, la même année que le recrutement de Yaacoub, un agent chevronné du Hezbollah avait été capturé par des forces britanniques en Irak. Dans cette affaire, Ali Musa Daqduq al-Moussaoui avait prétendu être sourd et muet pendant plusieurs semaines avant de parler et d’admettre être un membre du Hezbollah.

Du point de vue du contre-espionnage, induire en erreur ses interrogateurs, pendant un certain temps, permet à d’autres agents de s’échapper. Telle est donc la raison la plus probable pour laquelle Yaccoub a finalement révélé la vérité. A la manière d’Al Moussaoui en Irak : conserver sa couverture et après avoir gagné suffisamment de temps, dire la vérité car cela ne sert plus à rien de mentir.

Comment le Hezbollah avait-il repéré Yaacoub ? Cette question là demeure sans réponse, seul leur intérêt pour sa citoyenneté européenne et son soi-disant commerce d’import-export est certain. Reda avait apparemment appelé subitement Yaacoub pour le convier à une réunion dans son bureau du Hezbollah en charge des « questions étudiantes. »  Ce n’était pas dans une base militaire ou terroriste du Hezbollah que Yaacoub avait été informé qu’il allait être chargé « pour une mission secrète du Hezbollah. » Yaacoub s’était senti flatté : « J’ai accepté parce que j’ai compris qu’il avait besoin de moi pour quelque chose de grand et qu’il m’avait choisi pour ça. »

Plus tard, le même jour, Réda avait immédiatement organiser un rendez-vous, entre Yaacoub et son premier instructeur, Wahid, à l’extérieur du centre ville de Beyrouth. Yaacoub avait travaillé avec Wahid pendant deux à trois mois avant d’aller en Suède pour rendre visite à son père. Yaacoub a expliqué : « Quand je dis « travail », je veux dire que Wahid m’a expliqué brièvement l’opération secrète auquel j’allais participer. Il a toujours souligné que personne ne devait rien savoir, ni ma famille ni mes amis. »

Wahid avait formé Yaacoub encore deux mois après son retour de Suède. Il lui avait expliqué que sa « mission secrète serait une activité de surveillance et d’infiltration au nom du Hezbollah. » Ensuite, Wahid avait envoyé Yaacoub à son nouvel entraineur.

Un homme répondant au nom de Youssef allait former Yaacoub pendant encore cinq ou sept mois, en se concentrant sur les concepts de sécurité opérationnelle. Yousef avait enseigné à Yaacoub « comment gérer {sa} vie personnelle et {ses} activités de sorte que les gens ne puissent pas obtenir des informations sur {lui} et qu’ {il puisse} travailler sous couverture et de façon convaincante, sans donner lieu à des soupçons »… « Il m’a appris à créer des histoires d’infiltration. » a déclaré Yaacoub.

Plus tard, un certain Mahdi avait pris en charge l’entrainement qui comprenait d’abord une phase de test pour Yaacoub. En 2008, Yaacoub avait reçu une grande et mince enveloppe et avait du la livrer à quelqu’un à Antalya, en Turquie, avec des instructions précises sur la date, l’heure et le lieu où la livraison devait être effectuée. Le point de rencontre avait été à l’extérieur d’un magasin turc et le destinataire avait pu reconnaitre Yaacoub grâce à son chapeau et ses vêtements spécifiques, selon les instructions. Une fois qu’ils avaient échangé le code préétabli, le transfert avait pu être effectué. Yaacoub était resté en Turquie quelques jours de plus, aux frais du Hezbollah, avant de retourner au Liban. « Je ne connaissais pas son contenu et je n’avais pas le droit de demander, parce que tout est fait dans le plus grand secret au sein de l’organisation », a t-il expliqué.

Après avoir passé ce test, Yaacoub était enfin prêt pour l’entraînement militaire et avait été envoyé vers un autre instructeur nommé Abu Ali qu’il avait rencontré, une fois, lors d’une réunion secrète organisée par Mahdi. Abu Ali avait préparé une formation militaire pour Yaacoub au cours des années qui allaient suivre. Il s’agissait de six à sept sessions de formations différentes, chacune pour une durée de trois à cinq jours dans un camp militaire Hezbollah. Yaacoub avait été emmené dans différents endroits de Beyrouth à chaque fois et avait été transporté dans des camions aux fenêtres fermées afin que lui et d’autres stagiaires ne puisent pas voir où ils allaient. Une fois sur place, Yaacoub a ajouté : « il était clair, selon la topographie, qu’ils étaient dans le sud du Liban. »

Chaque groupe d’entraînement militaire était composé de 10 à 13 stagiaires, qui portaient tous des cagoules, de même que les instructeurs, afin de cacher leurs identités les un des autres. Chacun dormait dans sa propre tente et était entrainé dans un endroit différent. Yaacoub a raconté avoir été formé à l’utilisation de plusieurs armes à feu : armes de poing, aux tirs de missiles à l’épaule et notamment le FN Browning, Glock, AK-47, M-16, MP-5, PK-5, et le RPG-7. Il avait également été formé à l’utilisation d’explosifs C4. Au cours de cette même période, sous la responsabilité générale de Abu Ali, Yaacoub avait assisté à des séances d’entrainement dans les sous-sols de Beyrouth qui portaient sur les techniques de surveillance du renseignement. Y étaient expliquées la façon de travailler en toute sécurité en civil en se créant une couverture, les techniques de résistance à l’interrogatoire et la façon pour trahir les détecteurs de mensonges.

En 2009, Yaacoub a expliqué qu’Abu Ali l’avait envoyé en mission à Chypre « pour {se} créer une couverture et pour que les gens apprennent à {le} reconnaître, pour continuer à venir avec un but légitime et sans donner lieu à des soupçons. » Il s’était rendu à Chypre via Dubaï afin de renforcer sa couverture et avait passé une semaine en vacances à Ayia Napa, aux frais du Hezbollah. Quand il serait de retour à Chypre, deux ans plus tard, il aurait été en mesure de dire que l’idée d’importer des marchandises en provenance de Chypre lui était venue pendant ses vacances en 2009.

Chaque fois qu’il revenait d’une mission, y compris celle-ci, Yaacoub était débriefé par un responsable de la sécurité du Hezbollah qui voulait savoir où il était allé, qui il avait rencontré, comment était le climat ambiant et comment les gens vivaient à l’emplacement donné et quel était l’état de l’économie.

A son retour de vacances en Chypre, en 2009, un nouvel instructeur avait été assigné à Yaacoub, Aiman, qui l’avait envoyé sur sa prochaine mission : à Lyon, en France, aux frais du Hezbollah.

Sa mission : recevoir un sac d’une personne et le remettre à quelqu’un d’autre, tout en utilisant le même matériel technique (signes d’identification et mots de code) qu’il avait employé dans sa dernière mission de courtier en Turquie. Peu de temps après, Aiman ​​avait envoyé Yaacoub à Amsterdam où il avait récupéré un téléphone portable, deux cartes SIM et un objet inconnu enveloppé dans des journaux pour les ramener à Aiman ​​au Liban.

Puis, en Décembre 2011 et à nouveau, en Janvier 2012, Aiman ​​avait envoyé Yaacoub  de nouveau à Chypre « pour se créer une couverture » en tant que commerçant intéressé par l’importation au Liban de jus d’une entreprise locale chypriote précise. Il avait également été chargé de recueillir des informations sur la location d’un entrepôt à Chypre. « J’ai fait toutes ces choses après avoir reçu des instructions claires de Hezbollah, de sorte à être basé à Chypre et être en mesure de servir l’organisation », a t-il dit. Yaacoub a maintenu qu’il ne savait pas pourquoi le Hezbollah avait choisi Chypre comme base avancé, mais il a émis l’hypothèse sur le fait que « peut-être allait-il commettre un acte criminel ou faire sauter un magasin à l’explosif. »

Pour l’ensemble de ses voyages en Europe pour le compte du Hezbollah, Yaacoub avait utilisé son passeport suédois qu’il avait renouvelé à cette fin. Une fois sa formation de base terminée, Yaacoub est devenu un salarié du Hezbollah, gagnant 600 $ par mois depuis 2010.

Le prochain interrogatoire de Yaacoub avec la police chypriote a eu lieu le 16 Juillet 2012, en fin de soirée. Ses premiers mots ont été : « Mon nom opérationnel, qui est mon surnom au sein du Hezbollah, est Wael. » Yaacoub a donné plus de détails sur les protocoles de sécurité opérationnels du Hezbollah, comme la nécessité de répondre à une question codée à chaque fois qu’il était ramassé à Beyrouth pour l’entraînement militaire hors de la ville. Aiman fournissait les nouveaux mots de passe à chaque fois, puis différents mots de passe étaient fournis par chaque instructeur.

 Yaacoub a admis que sa visite à Chypre, en décembre 2011, était constituée de plusieurs missions distinctes.

Tout d’abord, Aiman avait ​​chargé Yaacoub de recueillir des informations sur un parking, derrière l’ancien hôpital de Limassol et à proximité de la police et des services de la circulation. Aiman ​​voulait que Yaacoub prenne des photos et soit en mesure d’établir un schéma de la zone à son retour. Yaacoub devait chercher les caméras de sécurité, savoir si le paiement était nécessaire pour entrer, si les clés de voiture étaient laissées à un voiturier, s’il y avait un garde de sécurité…

Yaacoub a également dit qu’il avait du trouver des cybercafés à Limassol et Nicosie et les indiquer sur une carte pour Aiman. Il avait du acheter trois cartes SIM pour les téléphones mobiles de différents fournisseurs à des jours différent. Il avait du aussi trouver de bons endroits de réunion, comme dans un zoo de Limassol et à l’extérieur d’un château à Larnaca.

Dans le cas où une réunion s’aurait avéré nécessaire, Yaacoub aurait reçu un SMS. Un SMS sur la météo qui signifiait d’aller à la promenade Finikoudes à Larnaca ce jour-là à 18 heures. Si personne ne se serait présenté Yaacoub aurait du revenir le lendemain à 14h00, puis de nouveau le lendemain à 10h30.

Aiman ​​avait aussi voulu que Yaacoub repère les restaurants israéliens à Limassol et sache où les Juifs mangent « casher » mais une recherche sur internet avait indiqué qu’il n’y en avait pas.

Plus tard, en Janvier 2012, Yaacoub avait été chargé de vérifier l’hôtel Golden Arches à Limassol et de collecter des brochures ainsi que de reconnaître les lieux (il avait fait une enquête sur la région mais l’hôtel était en rénovation).

« Le Hezbollah connaît très bien Chypre » a déclaré Yaacoub à la police, ajoutant qu’il pensait que ses affectations visaient à mettre à jour les fichiers du groupe « et de créer une base de données. » Il a insisté sur le fait qu’il ne faisait partie d’aucun complot « qui visait à frapper une quelconque cible à Chypre à l’arme à feu ou aux explosifs », ajoutant qu’il aurait eu le droit de refuser la mission si on lui avait demandé d’exécuter un tel acte.

Cinq jours se sont écoulés avant le dernier interrogatoire par la police de Yaacoub, qui a eu lieu à la mi-journée le 22 Juillet 2012. Yaacoub a concédé qu’il était « au courant de l’idéologie et des objectifs du Hezbollah », ajoutant que cela était limité à la protection du territoire libanais « avec tous les moyens légaux ». Cela incluait « la lutte armée, les opérations militaires et la politique. » Il a dit être opposé au terrorisme soulignant que cela était différent de la guerre. Yaacoub a exprimé son soutien à « la lutte armée pour la libération du Liban d’Israël », mais n’était « pas en faveur des attaques terroristes contre des innocents »

Puis, il a ajouté : « Je ne crois pas que les missions que j’ai exécutées à Chypre soient liés à la préparation d’une attaque terroriste à Chypre. Il s’agissait tout simplement de recueillir des informations sur les Juifs et c’est ce que mon organisation fait partout dans le monde. »

Le 21 mars 2013, un tribunal pénal chypriote a condamné Yaacoub pour participation à la planification d’attaques contre des touristes israéliens sur l’île en juillet dernier.

Dans leur décision de 80 pages, les juges ont rejeté la défense de Yaacoub qui avaient consisté à dire qu’il avait recueilli des renseignements pour le Hezbollah mais qu’il ne savait pas pourquoi cela serait utilisé. Il ne pouvait y avoir aucune « explication innocente » des actions de Yaacoub, a jugé le Tribunal, ajoutant qu’il « aurait dû logiquement savoir que ses activités de surveillance était liée à un acte criminel. »

Un phénomène préoccupant

Pris ensemble, les cas bulgares et chypriotes présentent des preuves convaincantes du retour des techniques traditionnelles d’espionnage du Hezbollah.

A l’image de Yaacoub, plusieurs années avant que la Force Qods aient chargé le Hezbollah de moderniser son aile terroriste, OJI, en Janvier 2010, le groupe avait déjà recruté des agents avec des passeports étrangers et les avait formés à l’entraînement militaire et aux compétences de surveillance.

Yaacoub a été recruté en 2007, tandis que Mughniyyeh était encore en vie. En effet, alors que l’assassinat de Mughniyyeh a incité le groupe à reprendre les opérations internationales abandonnées depuis le 11 septembre, le Hezbollah n’a jamais cessé d’identifier et de recruter de nouveaux agents pour différents types de missions au Liban  et partout dans le monde.

Il n’est pas question, toutefois, que les défaillances opérationnelles qui ont suivi l’assassinat de Mughniyyeh démontrent que les capacités opérationnelles étrangères du groupe soient affaiblies  au fil du temps. Quand Mughniyyeh a été tué, et plus tard, quand l’Iran voulait que le Hezbollah joue un rôle dans sa « guerre de l’ombre » avec l’Occident, le Hezbollah n’était pas encore tout à fait prêt à le faire.

Pourtant, les cas en Bulgarie et à Chypre suggèrent que ce ne soit plus le cas. Yaacoub n’était pas une exception, ce que les attaques de Bourgas ont prouvé.

Comme Yaacoub et les agents Bourgas, certaines de ces nouvelles recrues sont des citoyens occidentaux. Lors d’une de ses séances d’entraînement, Yaacoub a entendu un autre stagiaire parlait couramment l’arabe avec quelques mots d’anglais mélangés.  Selon Yaacoub, le stagiaire avait parlé avec un accent typiquement américain.

Source : Cliquez ici

Huffington Post – Terrorisme en Europe : Le Hezbollah coupable !

801832_104135484754La petite île de Chypre qui se trouve dans une grande tourmente bénéficie aujourd’hui de l’attention de tous les dirigeants européens. Plusieurs gouvernements, dont celui de la France, parlent (tout à leur honneur) d’une nécessaire solidarité européenne.

Il y a quelques jours un autre événement tout aussi important, eu égard aux risques qu’il comporte, s’est produit sur la même petite île. Cet événement appelle aussi de façon ferme à une solidarité européenne, qui ne doit plus feindre l’ignorance d’un fait assumé et revendiqué par leurs auteurs.

Je veux parler du Hezbollah, dont un de ses membres a pour la première fois été condamné par une cour européenne. Hossam Telb Yaacoub, citoyen suédois et membre du Hezbollah, jugé par un tribunal chypriote, a été, entre autre, reconnu coupable d’association de malfaiteurs liés à une organisation criminelle, ainsi que de blanchiment d’argent. Lors de son procès Hossam Telb Yaacoub a reconnu avoir effectué une surveillance de touristes israéliens arrivant sur l’île de Chypre voyageant à bord de vols en provenance d’Israël. Après avoir passé trois ans à la mise en place d’une couverture, Yaacoub prenait des informations sur des autobus dans lesquels ces touristes montaient ainsi que les hôtels dans lesquels ils résidaient. Il a déclaré « Je collectais des informations sur les Juifs, et c’est ce que l’organisation (le Hezbollah) fait partout dans le monde ».

En apparté Yaakoub a admis aux enquêteurs avoir également officié en Turquie, aux Pays-Bas et même en France. Tous ces détails sont précieux pour nos services de renseignements et prouvent clairement les agissements et motivations du Hezbollah sur le sol européen.

Selon une des trois juges Tasia Psara-Miltiadou : « Il a été prouvé que le Hezbollah est une organisation qui agit en secret. Il ne fait aucun doute que ce groupe a plusieurs membres et procède à diverses activités, notamment à la formation militaire de ses membres. Par conséquent, la cour déclare que le Hezbollah agit comme une organisation criminelle. »

Le jugement est clair. Il devrait prouver à tous ceux qui doutent de la nature, des cibles et des moyens d’actions du Hezbollah que ce dernier commet des crimes, des actes terroristes sur notre sol européen et qu’il nous appartient maintenant d’agir fermement.

Les activités du Hezbollah en Europe ont été de plus en plus fréquentes ces derniers temps. Deux semaines après que Hossam Telb Yaacoub a été arrêté à Chypre, le triste et sanglant attentat de Burgas s’est produit. Il a couté la vie à cinq touristes israéliens et à un chauffeur bulgare. Le 5 février dernier, les autorités bulgares ont annoncé qu’ils détiennent toutes les preuves de la responsabilité pleine et entière du Hezbollah dans cet attentat.

Suite à ces informations, ici dans ces mêmes lignes, j’interpellais alors les autorités françaises et européennes. J’implorais plus de clarté morale et de cohérence afin d’inscrire enfin le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

Notons que le Hezbollah appuie également le régime de Bachar Al Assad en lui fournissant un soutien actif dans sa campagne meurtrière contre le peuple syrien. L’ambassadrice américaine aux Nations Unis Susan Rice a d’ailleurs déclaré : « (Le Hezbollah) fait désormais partie de la machine de mort d’Assad (…) et les chefs du Hezbollah continuent de comploter avec l’Iran ».

La contrefaçon, le trafic de drogue, et le trafic d’armes permettent au Hezbollah de financer ses activités terroristes. Les récents évènements en Bulgarie et à Chypre démontrent qu’il a établi un véritable réseau de cellules terroristes à travers toute l’Europe.

Au moment où la France entame une guerre contre le terrorisme en s’engageant au Mali. Au moment où François Hollande a décidé de ne rien lâcher face à la menace terroriste en France et ailleurs, il est important de prendre des décisions fortes et faire preuve d’une clarté morale sans faille. Le Président l’a dit il y a quelques jours à propos de l’enquête bulgare: « L’Europe doit être prête à tirer toutes les conclusions. » Aujourd’hui avec la condamnation d’un membre du Hezbollah devant une cour européenne, les conclusions doivent effectivement être tirées. Il est temps de faire preuve de responsabilité envers ces citoyens et d’appeler un chat un chat car il n’y a pas de doute: le Hezbollah est une organisation terroriste internationale!

Simone Rodan-Benzaquen

Source : Huffington Post – Cliquez Ici 

Une délégation d’AJC rencontre le Président Sarkozy à Paris

David Harris, Nicolas Sarkozy et Simone Rodan-Benzaquen (Photo: Erez Lichtfeld)

21 janvier 2011 – Paris – Une délégation  d’AJC a effectué une visite à Paris sous la houlette de sa représentante en France Simone Rodan-Benzaquen. Ce vendredi 21 janvier 2011 a été une formidable occasion de s’entretenir avec le Président de la République Nicolas Sarkozy. 

« Le Président Sarkozy est un homme d’Etat respecté qui a une vision de l’Europe et du monde basée sur des valeurs démocratiques et sur la liberté. Nous avons apprécié cette opportunité d’approfondir le dialogue avec le Président Nicolas Sarkozy», a déclaré David Harris, Directeur Exécutif d’AJC.

Depuis son mandat en tant que Ministre de l’Intérieur, durant lequel il a à de maintes reprises démontré un fort engagement dans la lutte contre l’antisémitisme en France, AJC a maintenu de bons rapports avec Nicolas Sarkozy.

« Je ne change pas facilement mes convictions, tout comme je ne change pas facilement mes amis, et ma porte sera toujours ouverte à AJC », tels ont été les propos tenus par le Président envers la délégation.

Lors de cette rencontre au Palais de l’Elysée, AJC a félicité le Président français pour les vigoureux efforts qu’il fournit pour empêcher les ambitions nucléaires du régime iranien, pour renforcer le partenariat transatlantique, pour son soutient envers Israël  en tant « qu’état-nation du peuple juif » et son implication dans le processus de paix.

La conversation qui a duré une heure a couvert plusieurs sujets, dont les récents événements au Liban et en Tunisie, le processus de paix israélo-arabe, et les nouveaux défis auxquels les pays européens doivent faire face, tels que l’immigration, l’intégration et la question identitaire.

AJC entretient de bonnes relations avec la France depuis plusieurs décennies. Celles-ci ont débuté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’un bureau d’AJC a été établi à Paris. Actuellement, AJC France est représenté par Simone Rodan-Benzaquen.

En 2007, AJC avait eu l’immense honneur d’offrir le prix de “Lumières parmi les Nations » à Nicolas Sarkozy. Ce prix a ensuite également été offert à la Chancellière allemande Angela Merkel lors d’une cérémonie à Berlin le 20 janvier 2011.

Les membres de la délégation d’AJC ont commencé leur voyage en Europe mercredi à Berlin, où ils ont rencontré la Chancelière, le Président Wulff, Le Ministre de la Défense Guttenberg, le Ministre de l’Economie Brüderle, les ambassadeurs américain et israélien, ainsi que  les anciens ministres  des Affaires étrangères, Fischer et Steinmeier. A Paris, le groupe a également rencontré le Secrétaire Général de l’UMP Jean-François Copé, le dirigeant du parti socialiste Harlem Désir, le Maire de Paris Bertrand Delanoë et le président du CRIF Richard Prasquier. La délégation a ensuite quitté Paris pour continuer des entretiens à Londres.