AJC dans les médias

Macron, poker perdant

Macron, poker perdant

En défendant la création d’un État palestinien sans conditions, le président tourne le dos à ses engagements et provoque l’ire d’Israël. Un faux pas diplomatique dans lequel s’engouffrent le Hamas et LFI.

Trois jours avant la dissolution, il y a un an, Emmanuel Macron assurait qu’on ne reconnaît pas un État « sur la base d’une indignation ». Il y a encore quelques semaines, il posait quatre conditions à la reconnaissance d’un État palestinien : libération des otages, désarmement du Hamas (et exclusion de toute gouvernance), réforme de l’Autorité palestinienne et son acceptation par les pays de la région avec Israël. Pourtant, le 25 juillet, quelques heures seulement après l’échec des négociations sur un cessez-le-feu à Gaza – attribué aux refus répétés du Hamas –, Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaîtrait un État palestinien en septembre, lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Sans conditions préalables donc. Aucune n’étant remplie. Objectif affiché : peser sur le conflit. Résultat : un boomerang diplomatique.

L’effet immédiat ? Le Hamas salue la décision comme une « étape positive dans la bonne direction » vers un État sur « toutes les terres occupées ». Comprendre : l’éradication d’Israël. Bezalel Smotrich, ministre ultranationaliste israélien, remercie Macron et y voit une justification pour annexer la Cisjordanie. Et nos « partenaires européens », que Macron rêvait d’entraîner ? L’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni ont fait savoir qu’ils ne suivraient pas. Trump a réagi avec son tact habituel : « La bonne nouvelle, c’est que ce que Macron dit importe peu. » Côté israélien, alors que la classe politique se déchire sur tout, que le « tout sauf Bibi » est presque devenu une religion, Macron a réussi à mettre tout le monde d’accord. Du leader de l’opposition, le centriste Yaïr Lapid, au très gauchiste Yaïr Golan. Résultat : plus personne en Israël ne veut entendre parler de Paris.

Peu de chances que le drapeau tricolore flotte encore dans une salle de négociation. Certains murmurent que Macron n’a pas digéré d’avoir été écarté – la veille de son annonce – d’une autre négociation clé à Paris pour un cessez-le-feu à Soueïda (une ville syrienne), entre Ron Dermer, un représentant de Trump et un ministre syrien. Sans la France donc. Le boomerang frappe aussi ici. Cette reconnaissance précipitée nourrit les deux extrêmes comme un engrais idéologique. Jean-Luc Mélenchon parle de « victoire morale ». Et Marine Le Pen peut accuser le président de « céder à l’islamisme radical». Elle n’a même plus besoin de forcer. Si le rapport du ministère de l’Intérieur sur les Frères musulmans, publié en mai 2025, faisait le constat d’un entrisme inquiétant, il proposait en conclusion, pour « apaiser les tensions », de reconnaître un État palestinien. C’est chose faite.